L’armistice de notre saison politique

«Le député non réélu vient à la capitale (sic) pour voir ouvrir la session nouvelle. On dirait qu’il doute encore de son trépas. Il semble une ombre plaintive qui veut à toute force se mêler aux vivants, et pourtant n’est pas sûre d’en avoir le droit. Il écoute d’une mine affamée les histoires de la Chambre, il donne les nouvelles avec d’autant plus d’empressement qu’hélas!, on ne l’est lui demande plus. Triste chose de perdre une position, lorsque l’on perd avec elle tout ce que l’on était et tout ce que l’on valait! Oh! par charité si vous rencontrez le député non réélu, faites-lui conter le secret du dernier scrutin.» (Louis Veuillot, Les dialogues socialistes. 1925)

En guise de préambule je vous propose cette magnifique citation que quelqu’un m’a transmise au lendemain de ma défaite devant Yvon Godin en l’an 2000. Car il n’est pas plus grand acte d’humilité que de subir la défaite lors d’un scrutin.

À tous ceux et celles qui ont mordu la poussière aux dernières élections, rassurez-vous car il n’y a rien de déshonorable à s’être présenté pour offrir aux électeurs une vision ou encore vos services. Ne lancez pas non plus la serviette, car la victoire si elle se fait parfois attendre finira un jour par arriver. Diefenbaker sera candidat plus de cinq fois avant de remporter un siège au Parlement. François Mitterand sera politiquement actif pendant près de quarante ans avant d’être élu à sa troisième tentative, président de la République et, plus près de nous, Serge Rouselle aura subi deux défaites, une provinciale et une fédérale, avant d’être choisi député de Tracadie.

Toute à l’opposé, une victoire vous transporte sur un nuage, vous laissant croire le temps d’une lune de miel que vous êtes invincible. Cependant, la première critique d’un de vos supporteurs ou encore l’arrivée d’une mauvaise nouvelle vous fait rapidement retomber sur terre!

Sur une note un peu plus actuelle, l’assermentation du gouvernement de Blain Higgs marque en quelque sorte un armistice et un dénouement pour la saison politique tourmenté que nous venons de connaître.

Félicitons d’abord le nouveau gouvernement et offrons toutes nos bons vœux au vice-premier ministre et ministre du Tourisme de la Culture et du Patrimoine, Robert Gauvin.

Si je fais référence à l’armistice un peu plus haut c’est pour vous rappeler que si tous ces chambardements politiques ont pu se faire dans un calme relatif et dans le respect des traditions démocratiques qui nous habitent tous, rappelons-nous que samedi à 11h11 marquera le centenaire de la signature de l’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Des milliers de Néo-Brunswickois ont combattu pour défendre nos droits et la communauté acadienne a également joué un rôle important, en y envoyant d’ailleurs le premier bataillon acadien de notre histoire.

En constatant récemment la mouvance inquiétante d’une certaine droite populiste, force nous est d’admettre que nous ne sommes jamais à l’abri de certaines idéologies et je suis un peu triste de ne pas avoir entendu un seul mot sur les langues officielles par le premier ministre Higgs dans son discours d’acceptation.

Il a raté l’occasion de faire une bonne première impression.