Pour l’annonce de l’Évangile

Serge ComeauChroniques

Les diocèses de Bathurst et Moncton sont engagés dans un nouveau chantier depuis quelques années: la formation d’hommes appelés à devenir diacres dans l’Église. En plein automne, je vous raconte un bel événement du printemps dernier. Sachant que les promesses du printemps sont le présage d’un automne fructueux.

Le 14 avril, en l’église Sainte-Thérèse de Dieppe, Mgr Valéry Vienneau imposait les mains sur André Deveau, faisant de lui un diacre de l’Église. Il est le premier à devenir diacre permanent dans un diocèse francophone du Nouveau-Brunswick. Le retour de cette fonction ministérielle est relativement récent dans l’Église catholique.

Au début de l’Église, les actes des apôtres nous parlent de l’institution du diaconat pour l’annonce de l’Évangile et le service. Pendant de nombreux siècles, le diaconat permanent sera mis en veilleuse. Au début du 20e siècle, des catholiques vont se pencher sur la nécessité d’ordonner des hommes à ce ministère. Avant les réflexions, les pratiques ont primé. Ainsi, des travailleurs sociaux suisses et allemands se sont constitués en fraternités et ont été reconnues par des évêques.

Pendant la 2e Guerre Mondiale, des prêtres et des laïcs enfermés à Dachau discutaient de l’avenir de l’Église. La question du diaconat refait alors surface. Entre la fin de la guerre et le Concile Vatican, la réflexion s’approfondit. Elle sera présentée aux Pères Conciliaires qui vont réinstaurer le diaconat permanent en 1964. Tous les diocèses n’ont pas commencé en même temps. Certains ont commencé dès le lendemain du Concile. Leur expérience nourrit les projets actuels. Dans l’Église de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, ça commence.

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Permettez-moi de vous présenter André qui a répondu à cet appel pour servir. Son cheminement est une préparation lointaine au sacrement reçu. Originaire de Chéticamp, André est arrivé à Moncton au milieu des années soixante. Résidant chez les Capucins, il a rencontré Yvette avec qui il a uni sa vie il y a 45 ans.

Avec son épouse, il a toujours pris une part active dans la vie de ses communautés chrétiennes. Il a fait partie des conseils paroissiaux de pastorale, de la pastorale du baptême, de sessions de préparation au mariage, etc. Pendant trois années, il a œuvré comme agent de pastorale. Retraité de l’enseignement, il consacre une bonne partie de sa vie au bien-être de sa paroisse.

Soucieux d’une formation théologique et pastorale, il est diplômé de l’École de la Foi. Il est un associé des religieuses de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur. Son engagement déborde des cadres de l’Église: membre de la SERF, il a assumé la présidence de cet organisme pendant une année. Son ordination diaconale authentifie une vie donnée au service de l’Église qui existe depuis longtemps.

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Il y a quelques années, le père Edmour Babineau, responsable du diaconat permanent au diocèse de Moncton, l’a interpellé. Il avoue qu’il n’aurait pas pris l’initiative de se présenter de lui-même… on ne devient pas diacre comme on postule pour un emploi! S’engager dans le diaconat, c’est répondre à un appel qui vient d’un Autre. D’une Église aussi!

Son engagement diaconal ne le soustrait pas de sa première responsabilité: la communauté de vie qu’il forme avec son épouse et sa famille. Pas question de sacrifier une dimension essentielle de sa vie pour une autre. Lors de son ordination diaconale, il a d’ailleurs dit qu’au jour de son mariage, il a fallu deux «oui» pour le sacrement. De la même manière, il a fallu deux «oui» pour le sacrement du diaconat: celui de André et celui de Yvette.

Lorsqu’il annoncé aux autres son intention de devenir diacre, il n’a reçu que du soutien et des encouragements! À commencer par sa famille et son épouse. Yvette est un soutien et un guide pour lui. Lorsqu’il prépare une homélie (basée autant sur son expérience d’époux et de père que sur sa théologie), il le fait de concert avec elle. Ensemble, ils méditent l’Écriture pour trouver les mots justes afin de transmettre les valeurs de l’Évangile. Elle est la première destinataire de ses homélies.

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Depuis son ordination, il collabore étroitement avec les prêtres de sa paroisse. Il préside des baptêmes et des mariages. Il annonce l’Évangile en présidant des liturgies de la Parole et en préparant des homélies qu’il livre lors des messes dominicales de sa paroisse. Dans son engagement ministériel, il sent avoir le soutien essentiel de son évêque, des prêtres avec qui il collabore et des laïcs des communautés où il œuvre. Il insiste sur cet accueil et ce soutien.

À chacun des diacres qu’il ordonne, Mgr Vienneau a une tâche spécifique à lui confier, compte tenu des charismes de chacun. André s’est vue confié la mission d’aider à la formation des autres diacres dans l’archidiocèse. Ils sont six présentement. Les liens de fraternité qui se sont tissés entre eux, entre les épouses aussi, sont un soutien essentiel pour André.

Au moment où je l’ai rencontré, il partait pour une retraite avec les futurs diacres du Cap Breton afin de se familiariser avec ce qui se fait là-bas pour l’adapter ici. Et moi, sur la route qui me menait jusque chez-moi, je rendais grâce pour sa vocation. Pour moi, son ministère est l’écho de celui de nos anciens sages qui, pendant les années difficiles de l’exil et du retour, ont ravivé la foi catholique en ondoyant les enfants et en présidant les messes blanches. À la suite de Alexis Landry à Caraquet, Otho Robichaud à Néguac ou Jos Guéguen à Bouctouche, que son ministère soit source de joie. Pour lui et pour l’Église.