The Crimes of Grindelwald: l’enchantement n’y est pas

Patrice CôtéChroniques

J.K. Rowling en a probablement davantage fait pour la littératie que n’importe qui au cours des 100 dernières années. Sa saga Harry Potter a donné le goût de la lecture à des millions de jeunes et de moins jeunes partout sur la planète. Malheureusement, comme scénariste, la grande dame aurait besoin d’un retour sur les bancs de Poudlard.

Fantastic Beasts: The Crimes of Grindelwald (en salle depuis jeudi soir) est le deuxième chapitre des aventures de Norbert Dragonneau (après Fantastic Beasts and Where to Find Them, sorti en 2016). C’est aussi le dixième film d’une immense saga qui est maintenant connue sous le nom de Monde des sorciers de J. K. Rowling.

Pour résumer, les Animaux fantastiques se déroulent dans les années 1920, bien avant la naissance des parents de Harry Potter. On y raconte l’ascension d’un puissant mage noir du nom de Grindelwald (Johnny Depp) et le fossé qui se creuse entre les sorciers de sang pur, les sangs mêlés et les Moldus (les citoyens ordinaires qui ne possèdent pas de pouvoirs magiques).

Ces films n’ont aucun lien direct avec Harry Potter, mais mettent en scène des personnages et des lieux bien connus des amateurs du sorcier à lunettes. Dans The Crimes of Grindelwald, on renoue notamment avec Albus Dumble­dore, la famille Lestrange et l’école pour sorciers de Poudlard.

Malheureusement, ce dixième épisode est sans l’ombre d’un doute le moins intéressant de la saga, principalement en raison des graves lacunes de son scénario et de son impardonnable manque de scènes d’action.

Le retour de Grindelwald

Après avoir été emprisonné à New York, Grindelwald s’apprête à être transféré en Europe pour répondre aux crimes qu’il a commis sur ce continent. Évidemment, le voyage tourne au cauchemar et le mage noir se retrouve libre comme l’air.

Le premier objectif de Grindelwald: localiser le jeune Credence (Ezra Miller), un sorcier que le manque d’amour a transformé en arme de destruction massive. Le fugitif est convaincu qu’en compagnie de Credence, il pourra guider les sorciers de sang pur à la domination mondiale.

Or, Grindelwald n’est pas le seul à vouloir localiser Credence. Les ministères de la magie américain et britannique ainsi qu’un mystérieux personnage veulent l’éliminer, tandis que Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne), à la demande de Dumbledore (Jude Law), souhaite l’aider à retrouver sa famille pour ainsi apaiser la colère qui le rend si dangereux.

Copier-coller

Je l’avais écrit dans ma critique de Fantastic Beasts and Where to Find Them: il y a une limite à l’imagination humaine et J.K. Rowling le démontre dans cette nouvelle série.

Sans rien vouloir lui enlever, la Britannique recycle plus que jamais ses propres idées.

Grindelwald, un puissant mage noir qui rassemble ses disciplines pour donner le pouvoir aux sangs purs? On croirait Voldemort… Credence, un orphelin doué qui est au coeur d’une prédiction? Ça ressemble beaucoup à Harry…

Bref, on a l’impression par moment que Mme Rowling tente de raconter la même histoire, mais en l’habillant différemment. Avouez qu’on l’a déjà vue plus inspirée…

Problèmes

Cet air de déjà vu n’est qu’un des nombreux problèmes qui minent le film.

Par exemple, le personnage principal de l’oeuvre, Norbert, ne fait à peu près RIEN. En fait, je suis même prêt à avancer que le récit aurait pu évoluer et exister SANS lui.

Le film regorge aussi de scènes totalement inutiles – un fait qui est tolérable dans un roman, mais qui constitue un crime très grave au cinéma.

Le scénario de Mme Rowling et l’adaptation qu’en fait David Yates manquent carrément de focus. À plusieurs reprises, l’intrigue est mise sur pause pendant de très longues minutes, le temps d’explorer (fort inutilement dans bien des cas) le passé ou la psyché de personnages secondaires… Parlez-moi d’une horrible façon de briser le tempo d’un film déjà dépourvu de tension…

Et je vous épargne l’insipide conclusion, alors que la moitié des personnages principaux, issus de deux continents et qui ne se connaissaient pour la plupart pas en début de film, se découvrent un paquet de liens de parenté…

Ennuyeux

Le principal problème de The Crimes of Grindelwald est qu’il est un film extrêmement ennuyeux. D’autant plus qu’il s’adresse à un jeune public!

Oui, son prédécesseur (Fantastic Beast) souffrait lui aussi d’un scénario passable. Il regorgeait toutefois d’humour et de créatures magnifiques portées par des effets spéciaux exceptionnels.

On ne voit rien de tout ça dans Grindelwald. L’humour est cruellement absent et les créatures jouent un rôle très mineur.

Les deux premiers tiers de l’oeuvre sont aussi extrêmement verbeux et dénudés de toute scène d’action. On a droit à de longs discours sur le bien, sur le mal, sur la magie, sur l’amour, sur l’importance d’un tel ou d’un autre tel, mais pendant ce temps-là, il ne se passe… rien.

En fait, l’oeuvre ressemble à une longue et motonone introduction qui sert à mettre la table pour les films qui vont suivre.

La guerre étant maintenant déclarée au pays de la magie, les cinéphiles vont peut-être enfin avoir quelque chose de concret à se mettre sous la dent…

Parce que dans cet épisode, Rowling et Yates ont réalisé l’impossible: ils sont parvenus à rendre ennuyeux un univers qui regorge de magie et de créatures fantastiques.

FICHE TECHNIQUE: FANTASTIC BEASTS: THE CRIMES OF GRINDELWALD

  • En bref: Norbert Dragonneau et ses amis tentent d’empêcher le vilain Gindelwald de déclencher une guerre.
  • Appréciation: Longue, sans rythme et ennuyeuse, cette dixième incursion dans l’univers de sorciers n’a absolument rien de magique.
  • Version française: Les animaux fantastiques: les crimes de Gindelwald
  • Genre: film fantastique
  • Réalisateur: David Yates
  • Scénario: J.K. Rowling
  • Avec: Eddie Redmayne, Johnny Depp et Jude Law
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 134 minutes
  • Une production des studios:  Warner Bros.
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   1
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:      3
    • Originalité:    2
    • Divertissement:    2
    • Total: 12 sur 25