Grand Tintamarre au Canada: en est-on capable?

Après l’apostrophe Bombardier et l’élection d’un parti anti-dualité au Niou-Brunswick, voici l’ogre de Queen’s Park qui surgit dans nos cauchemars.

Commençons par le Niou-Brunswick où le slogan «être, ici on le peut», est devenu «être, ici on se peut plus» depuis qu’un gouvernement minoritaire bleu, dont le chef traîne un lourd boulet anti-bilinguisme, a dû s’acoquiner avec une formation violette anti-dualité pour prendre le pouvoir. Inspirant!

C’est sans doute ce qui explique que le premier ministre Higgs s’est présenté à sa première annonce publique sur les services ambulanciers en compagnie de son acolyte qui joue le rôle inédit de co-premier ministre! Le gouvernement Higgs-Austin est né!

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C’est le seul député francophone de ce gouvernement qui aurait dû accompagner le premier ministre, surtout qu’il est vice-premier ministre, puisqu’il a l’imposante corvée de représenter tout un peuple dans ce gouvernement.

À cet égard, contrairement à ceux et celles qui, pour des raisons de partisanerie stérile, crient à la traîtrise ou exigent sa démission, j’estime et répète qu’il a plutôt besoin du support solide de ses compatriotes!

Quand on a perdu une bataille, on ne baisse pas les bras. On retrousse ses manches, et on fonce. C’est ce qu’on appelle la résilience. Cette fameuse résilience que tous les leaders exaltent avec force trémolos stridulants les jours de fête nationale.

Eh ben, c’est le temps d’en faire la preuve! C’est-à-dire de garder la tête froide et de penser stratégiquement, par solidarité pour le député esseulé qui, après tout, défend la cause francophone. Est-ce possible?

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En revanche, je me demande ce que fait encore sur le trône du président de la Chambre un député libéral! C’est un peu «grâce à l’absence de son vote» que le Gallant gouvernement a été défait. Et ce sera grâce à ses votes éventuels que le gouvernement Higgs-Austin pourrait se maintenir en selle. Dans le singulier contexte postélectoral actuel, ça me semble une aberration.

Et que dire de la regrettable et triste démission du chef libéral? Finira-t-il par laisser en plus un siège vacant en cadeau à un gouvernement chambranlant dont l’existence même pourrait se révéler une menace envers les francophones?

Question stratégie ratée, le parti libéral laisse ainsi filer deux chances de maintenir un «parfait» équilibre des forces à l’Assemblée législative. Car avec le chef et le député-président bien en place dans leurs stalles de députés libéraux, le parti conservateur aurait été contraint, veut, veut pas, de proposer un président bleu royal, et le Niou-Bi se serait retrouvé avec un parlement composé à part strictement égale de 21 députés libéraux appuyés par trois députés verts et de 21 députés conservateurs appuyés par trois députés d’un parti qu’on n’identifiera pas par charité chrétienne.

Ce genre d’équilibre aurait forcé le gouvernement Higgs-Austin à marcher sur des œufs à longueur d’année, et n’aurait pu que lui faire apprécier à leur juste valeur certaines décisions rédhibitoires qu’il pourrait être porté à prendre dans les dossiers touchant le fait français au Niou-Brunswick.

On se prive d’un beau spectacle! On aurait eu un fun bleu!

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Et puis, vlà que s’amène l’indicible Bonhomme Sept-heures de l’Ontario. Comme si le ciel voulait nous arrêter de dépenser notre énergie française à nous battre contre des monstres imaginaires à la Bombardier, et nous forcer à voir l’urgence de résister à l’anglofolie impérialiste qui veut réduire les francophones à l’état d’ilotes.

Donc, nos compatriotes franco-ontariens sont dans la gadoue politique. Certes, du notoire règlement 17 qui interdisait l’enseignement du français (1912) à l’hôpital Montfort (1997), en passant par les crises des écoles de Sturgeon Falls (1971) et Penetanguishene (1979), ils ont appris à la dure comment se défendre.

Mais les forces anti-françaises étant toujours à l’œuvre – dans l’ombre quand on carbure à l’hypocrisie; en pleine lumière quand on carbure à l’ignorance –, l’émule ontarienne de Trump se lâche lousse et décrète, tel un tyran d’opérette, que c’en est fini du Commissariat aux services en français et, allons-y à fond la caisse, dicte aussi la fin du projet prometteur de l’Université de l’Ontario français.

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Et maintenant? Combien d’injures publiques de cette nature les francophones du Canada sont-ils prêts à subir avant de péter les plombs? Tendre l’autre joue, ça peut passer, à l’occasion; mais manger une volée de coups de claques par la tête sans réagir: pas question!

Pour en finir une fois pour toutes avec cette francophobie rampante d’un océan à l’autre, j’ai lancé l’idée de tenir des États généraux du fait français au Canada, que quelqu’un a brillamment suggéré d’appeler «Grand Tintamarre». J’aime bien cette idée, surtout si on ne traduit pas cette appellation! Diantre, soyons pédagogiques…

Le concept de ce Grand Tintamarre national reste à être peaufiné, mais on pourrait envisager qu’une grande assemblée représentative de la francophonie canadienne tiendrait des assises nationales solennelles, à Ottawa de préférence, puisque c’est la capitale et que c’est le lieu idéal pour aller trancher le nœud gordien dans lequel on est enfirouapé.

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Ces assises permettraient à la francophonie canadienne de se retrouver, dans son universalité autant que dans ses spécificités, d’identifier les enjeux problématiques communs et de déterminer quels gestes poser pour y faire faire face avec succès. Mot d’ordre: synergie.

Pour le financement: gouvernements fédéral et provinciaux, qu’ils aiment ça ou pas. En vertu de leurs responsabilités constitutionnelles imprescriptibles envers les francophones. Selon le célèbre principe: les bottines doivent suivre les babines.

Quand vient le temps d’aider tout le monde, notre pays aime bien se vanter humblement de sa générosité. Eh ben, on lui donnera une superbe occasion de le démontrer. Avec conséquences politiques à l’appui.

Grosses mamours politiciennes à prévoir! Apportez vos kleenex.

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Évidemment, pour réussir ce grand moment, les francophones du Canada devront faire preuve d’autant d’ouverture d’esprit qu’ils en demandent à leurs gouvernements anglophones: pas de crises de préséance, de clochers sur la tête, de rejet des autres.

Tous unis, pour une fois, autour de ce qui nous fait: notre identité française au Canada.

Mais avant, on doit se poser honnêtement la question: en est-on capable?

Han, Madame?