Une semaine horrible pour les francophones

On peut dire que la semaine qui vient de se terminer fut à tout le moins horrible pour les francophones du Canada. D’abord, l’attaque pernicieuse du gouvernement Ford en Ontario, ensuite une longue liste de commentaires disgracieux de plusieurs chroniqueurs québécois qui semblent vouloir s’élever en marchant sur la tête des francophones hors Québec, et bien certainement la semaine pas trop glorifiante que nous a offert notre gouvernement avec son discours du Trône.

Ici dans la province, on peut dire que la plus pathétique des scènes fut sans contredit celle ou Kris Austin, le chef de l’Alliance, devant un auditoire où verts et libéraux furent exclus, joue le rôle de vice-premier ministre lors de l’annonce sur la question ambulancière, en tenant des propos peu rassurants sur ses intentions et en s’en prenant aux acquis linguistiques de la communauté francophone.

Il déclare sans que personne au gouvernement, ne le corrige, «il ne faut pas que des exigences linguistiques non nécessaires, ne prennent le dessus sur le gros bon sens». Car le gros bon sens pour les conservateurs à la Blaine Higgs, c’est la rhétorique populiste.

Le discours du Trône proposé par le gouvernement Higgs se veut à la fois réducteur et exclusif. Réducteur puisqu’il n’incorpore aucune mesure progressiste et novatrice. Exclusif puisqu’il n’inclut d’aucune façon les besoins de la communauté acadienne. Il s’arrête exclusivement sur la réduction de la dette et la participation du secteur privé dans la relance de la province.

On dit d’un côté vouloir permettre aux Néo-Brunswickois de se réapproprier leur rêve, mais du même coup on fait abstraction des mesures sociales tels les garderies à bon marché, les frais de scolarité gratuits et les initiatives culturelles et linguistiques.

Le plus grand perdant de la semaine est sans conteste Robert Gauvin. Ignoré comme vice-premier ministre lors de l’annonce sur les ambulances, il ne trouve mieux à dire aux journalistes qu’il sera le curé dans le mariage entre Higgs et Austin. Quand on lui demande le lendemain s’il a été consulté sur la préparation du discours du Trône, il n’a pas le choix que de répondre non.

Pendant ce temps, Austin lui, clame haut et fort, qu’il a réussi à faire enlever le gaz de schiste dans le discours et prend pratiquement tout le crédit sur la question des ambulances.

Bref, rien peut-être contre les francophones, mais également rien pour nous rassurer. On parle de bilinguisme seulement pour dire que les programmes d’enseignement de la langue seconde seront améliorés pour les écoles anglophones, mais on ignore complètement toutes allusions à la défense et à la promotion de la cause acadienne.

Il ne faut surtout pas blâmer Gauvin qui semble avoir été laissé seul dans ce merdier. C’est aux ténors francophones du Parti progressiste-conservateur de l’entourer et de lui fournir les outils dont il a besoin pour purifier l’air quelque peu impur que semble respirer Blaine Higgs. Les conservateurs doivent se souvenir que les sièges à reprendre sont chez les francophones.