Chacun porte sa pierre

Serge ComeauChroniques

L’image est belle: ensemble, nous formons une construction humaine. Dans cette œuvre, chacun représente une pierre. C’est saint Pierre qui a dit cela dans sa première épître considérée comme la première encyclique (enseignement d’un pape) de l’Église. Plusieurs ont fait des déclinaisons à partir de cette image.

Le poète Gilles Vigneault chante «chacun porte son âge, sa pierre et ses outils, pour bâtir son village, sa ville et son pays». Chacun apporte sa pierre. Nous pouvons aller plus loin et dire que chacun est une pierre vivante, essentielle pour la construction.

J’aime regarder les murs de pierres. Ce sont souvent les murs de nos maisons communes où se rassemble la communauté humaine pour prier, légiférer, rendre justice et s’entraider. J’aime regarder les murs des églises et des monastères. Aussi ceux des palais de justice, des assemblées législatives et du Parlement canadien. Enfin ceux de certaines écoles et de quelques hôpitaux.

Face à un majestueux mur de pierre, je vois que chaque pierre a sa place. Sa juste place. Si on enlève une pierre, une seule, des pans de l’édifice sont fragilisés et menacés. Ainsi en est-il de dans la vie de la communauté humaine.

Dans l’édifice que nous formons, chacun est une pierre avec une place unique à occuper. Si la place n’est pas occupée, la construction est en danger. On n’a pas toujours besoin de se «démener», de briller ou d’être en valeur. Il s’agit d’être là. Juste d’être là et d’occuper sa place.

Dans un édifice, la majorité des pierres soutiennent d’autres pierres: celles qui sont au-dessus d’elles. Ainsi dans la vie: je dois soutenir les autres. C’est exigeant à certains jours: les inquiétudes, les plaintes et les demandes des autres sont difficiles à supporter avec patience.

Or, si j’ai la tâche de soutenir des pierres posées au-dessus de moi, je dois me rappeler que je suis moi-même soutenu et porté par d’autres. À certains jours, c’est peut-être moi qui représente un poids pour les autres. Cette conscience peut m’aider à porter les autres aux jours d’épreuve.

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Les murs de pierre, notamment ceux de nos églises, sont des signes de la construction humaine. Cette dernière est la plus importante. L’église est même un pâle reflet de l’harmonie humaine que nous devons viser. Ce qui importe, c’est de bâtir l’Église dont nos édifices sont le signe.

Parmi les églises, il y en a une dans chaque diocèse qui fait l’unité entre toutes: l’église-cathédrale. On peut penser à la cathédrale de l’Immaculée-Conception à Edmundston. Et à Saint-Jean. Ou encore à la cathédrale anglicane de Fredericton.

Sur les rives de la Petitcodiac à Moncton, la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption vient d’être solidifiée. À Bathurst, la cathédrale Sacré-Cœur sise au cœur de la ville, a subi elle aussi au cours de la dernière année une restauration majeure.

Ces travaux de réfection pour nos cathédrales montrent que ces édifices qui nous semblent si solides ne résistent pas à l’usure du temps qui passe. Ils ont besoin d’être «retapés» à l’occasion. Chaque génération a le devoir de solidifier ce que la précédente a fait. Dans l’espoir que la prochaine génération fera de même.

Dans chaque diocèse, la cathédrale est l’église de l’évêque. C’est pourquoi il ne peut y en avoir qu’une par diocèse. À l’intérieur, on y trouve la cathèdre (siège de l’évêque). Elle est le lieu des grandes célébrations diocésaines et symbolise l’unité entre le pasteur et le peuple de Dieu.

La cathédrale, comme chacune de nos églises, est une parabole d’une autre construction plus essentielle à bâtir et à entretenir: la communauté humaine. Chacun est une pierre vivante. L’amour, l’entraide et la compassion est le mortier qui nous unit. Ensemble, nous bâtissons le royaume qui a comme pierre angulaire le Roi de l’Univers.