Ralph Breaks the Internet: délicieusement irrévérencieux

Patrice CôtéChroniques

Il existe bien peu d’entreprises sur la planète qui soient aussi conservatrices que Disney. Chaque film produit par les studios est d’une rectitude politique fade. Et l’empire déploie des efforts herculéens pour protéger l’aura immaculée de ses précieux personnages. Un film comme Ralph Breaks the Internet (en salles depuis jeudi soir) est donc une bienvenue aberration.

Vous connaissez peut-être Ralph. C’est un personnage de jeu vidéo fictif des années 1980 dont les aventures racontées dans Wreck-It Ralph ont été finalistes à l’Oscar du meilleur film d’animation en 2016.

Imaginez un peu Toy Story, sauf que ce ne sont pas les jouets qui prennent vie loin du regard des humains, mais bien les personnages de jeux vidéos. Situez ensuite le tout dans une ambiance rétro-pop qui dégage un fort parfum de nostalgie et le portrait est complet.

Même si l’oeuvre a conquis les critiques et engrangé des recettes planétaires de près d’un demi-milliard de dollars, il aura fallu attendre six ans pour qu’une suite voit le jour.

Une suite qui a bien peu à envier au film original et dont la délicieuse irrévérence constitue la plus belle qualité.

Dans internet

Ralph et Vanellope vivent le parfait bonheur depuis six ans à l’arcade. Jusqu’au jour où une enfant brise le jeu duquel la petite princesse est l’héroïne. Puisque la machine est menacée d’être envoyée à la casse, Ralph et son amie ont l’idée de se rendre dans internet afin de trouver la pièce qui pourrait réparer la console.

Le périple mènera les deux compagnons au coeur d’un vaste univers – aux recoins parfois très sombres.

Quand Ralph et Vanellope parviennent à localiser la pièce recherchée sur eBay, ils réalisent qu’ils n’ont pas l’argent nécessaire pour l’acheter.

Heureusement, internet est un endroit où il est possible de gagner de l’argent. Les façons de le faire sont toutefois discutables, ce qui mettra à épreuve l’amitié de nos deux héros.

Longueurs et princesses

Même s’il s’adresse aux enfants, le nouvel épisode de Ralph est une suite de moments marquants… séparés par de nombreuses longueurs.

C’est le principal défaut de nombreuses suites, qui, contrairement au film qui les a précédés, n’ont plus à raconter l’origine de leurs personnages. Les scénaristes se retrouvent donc avec beaucoup de temps à tuer sur les bras… qu’ils cherchent à meubler du mieux qu’ils le peuvent.

C’est le cas de Ralph Break the Internet. Certains moments valent le prix d’entrée (une excitante course de voitures et la conceptualisation d’internet, notamment), mais aucune n’est plus réussie que la scène des princesses.

Elle nous arrive au milieu du film, alors que Vanellope se rend sur le site de Disney. Elle rencontre plusieurs personnages célèbres, mais est forcée de se cacher quand des Stormtroopers de Star Wars la prennent en chasse (il faut le voir pour le croire…).

C’est alors que la petite fille se retrouve dans la loge de TOUTES les princesses de l’histoire de Disney, de Blanche-Neige à Cendrillon en passant par Pocahontas, Mohana, Raiponce et la Reine des neiges.

Ce qui s’en suit est un moment d’un brillant surréalisme alors que les princesses se mettent, sans s’en rendre compte, à citer tous les clichés des films dont elles sont les héroïnes. Tordant!

Le tout se termine par un numéro de danse et de chant inspiré de ce type de cinéma… mais qui se déroule dans le décor d’un jeu en ligne intitulé Slaughter Race (la course assassine).

J’ai vu peu de films de princesses dans ma vie, mais je peux vous dire que j’ai apprécié ces cinq minutes autant que n’importe quelle scène marquante au cinéma ces dernières années.

Le très coincé empire Disney qui fait dans l’autodérision… On aura tout vu!

Brillante conceptualisation

Pour le reste, Ralph est un film assez divertissant, bien que beaucoup moins drôle que son prédécesseur. Certains moments sont même assez sombres et intenses, au point de peut-être effrayer les plus petits.

Le premier épisode se déroulant dans l’univers des jeux vidéos vintage, il regorgeait de petits bijoux de nostalgie. L’effet est moins ressenti dans ce nouveau film, alors que l’action se transporte dans internet.

Par contre, grâce à une conceptualisation absolument géniale, Ralph Breaks the Internet permettra très certainement à certains enfants de mieux comprendre ce qu’est le web – un concept flou s’il en est un.

Les scénaristes se permettent même quelques intéressants jugements sur l’état actuel de l’autoroute de l’information, abordant de front les questions des trolls, de la popularité instantanée (avec un sarcasme absolument parfait) et du Dark Net.

Les enfants passeront donc un bon moment – même si l’histoire ne réinvente pas la roue. Les adultes, eux, seront plutôt charmés par la critique sociale et toutes les pépites d’originalité reliées à la vie virtuelle.

FICHE TECHNIQUE: RALPH BREAKS THE INTERNET

  • En bref: Afin d’éviter que Vanellope soit envoyée à la casse, Ralph l’accompagne dans internet afin de mettre la main sur une précieuse pièce de jeu d’arcade.
  • Appréciation: Malgré quelques longueurs, l’oeuvre est divertissante et beaucoup plus intelligente que ce à quoi on s’attendrait.
  • Version française: Ralph brise l’internet
  • Genre: film d’animation
  • Réalisateurs: Phil Johnston et Rich Moore
  • Scénario: Phil Johnston et Pamela Ribon
  • Avec les voix de: John C. Reilly, Sarah Silverman et Gal Gadot
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 112 minutes
  • Une production des studios: Disney
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario: 3
    • Qualités visuelles: 4
    • Jeu des comédiens: 4
    • Originalité: 4
    • Divertissement: 3
    • Total: 18 sur 25