À BAS NOVEMBRE!

Novembre est le mois des morts. On comprend pourquoi: c’est mortel! L’automne se montre dans toute sa laideur. La grisaille envahit le temps, notre tête, nos mirages de paradis tropicaux. À bas novembre!

Ce mois-là, les feuillus se retrouvent tout nus, les terres agricoles se déguisent en champs de bataille, même le soleil se couche plus tôt, tellement il trouve ça déprimant. À bas novembre!

Selon mes calculs, c’est en novembre de l’an Zéro que le serpent siffla à Ève-la-gourmande de croquer la pomme bio défendue, au paradis terrestre. Déjà nue, Ève fut la toute première Femen! Car en visant la pomme d’Adam, elle dénonçait le machisme binaire dégenré patriarcal! Bref: le look lumbersexuel. Et c’est à ce moment précis que le Créateur leur cria d’aller se rhabiller tous les deux, non, mais!, lançant ainsi la mode des défilés haute couture. C’est le tout premier exemple, puisé dans le grand livre d’images de la Création, qui prouve que novembre est un mois phoqué. À bas novembre!

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Tenez: si novembre n’avait pas existé, John Kennedy n’aurait pu être assassiné le 22 novembre 1963. Le siège de Paris par les Vikings n’aurait pas eu lieu en novembre 885. La terre n’aurait pas tremblé à Lisbonne en novembre 1755. Les préliminaires du Traité de Paris abandonnant l’Acadie à l’Angleterre n’auraient pas été signés le 3 novembre 1762 à Fontainebleau et, par conséquent, on n’aurait pas eu à subir le discours du Trône de Higgs en novembre, ni les vicieuses mesures anti-françaises de Ford. À bas novembre!

Et que dire de ma copine Catherine d’Alexandrie, qu’on fêtait naguère, le 25 novembre, en l’honneur des vieilles filles. C’était la seule embellie de ce mois, mais on ne la fête plus, car il n’y a plus de vieilles filles, grâce au Botox! La pauvre martyre aurait été décapitée (en 305, 307 ou 313, au choix), après avoir refusé d’épouser l’empereur Maxence, vu qu’elle s’était donnée au Christ. Au moment de sa mort, une voix divine aurait d’ailleurs lancé dans le micro du ciel: «Come on, darling, let’s partyyy!», selon un précieux document audio de l’époque trouvé sur YouTube. À bas novembre!

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Novembre était le neuvième mois du premier calendrier romain, le calendrier romuléen, qui en comptait dix, remixé jusqu’à l’instauration du calendrier julien en 45 avant J.C.

Oui, en 45 avant Jean Coutu. Là où l’on peut même trouver un ami, supposément, ce qui est tout à fait faux, car je fréquente le même J.C. depuis vingt ans et le gros bouncer à la porte n’a toujours pas répondu à aucune de mes œillades! Aucune! L’ingratitude se répand, on ne le dira jamais assez.

Ciel, je suis à la veille de voler une paire de pantyhoses pour qu’il m’arrête. Rendu là, va bien falloir qu’il me parle, joual vert!

Faut juste que je ne me trompe pas de taille dans les pantyhoses!

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Donc, novembre est un mois qui dérange. À tel point qu’en 1564, dans son Édit de Roussillon, le roi Charles IX repousse le mois de novembre au onzième rang du calendrier julien, en faisant commencer l’année à la bonne place, soit le 1er janvier. Les gens étaient tellement contents qu’ils se couvrirent de bisous-bisous partout, lançant la tradition bien française de la bise à tout un chacun, d’où nos succulents becs du jour de l’An!

Pas fou, le pape Grégoire XIII décida d’en faire encore plus, en instaurant carrément le calendrier «grégorien». Allo l’égocentrisme! Peu inclusif de nature, il fit chanter un Te Deum pour célébrer le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. C’t’effrayabe!

Un tantinet libidineux et papa d’un fils illégitime, il aimait tellement les bisous-bisous du jour de l’An que, pour y arriver plus vite, il coupa onze jours dans l’année, commençant le 4 octobre. C’est cette nuit du 4 au 15 octobre 1582 qu’est décédée mon arrière-cousine, sainte Thérèse d’Avila. R.I.P.

Naturellement, la France, fille râleuse de l’Église, bouda ce nouveau calendrier jusqu’à la nuit du dimanche 9 décembre, pour se réveiller le lendemain, le lundi 20 décembre 1582, à cinq jours de Noël, toé! C’est de cette année-là que date la fâcheuse coutume d’attendre à la dernière minute pour acheter ses cadeaux de Noël.

Tu parles d’une mauvaise idée: le monde pousse, les enfants chignent, les vendeurs sont exaspérés, pas moyen de trouver des pantoufles en phentex pour offrir un cadeau qui a de l’allure à ta femme, et pas un maudit taxi en vue!

Si ça continue, je m’achète un char pour pouvoir appeler Nez Rouge!

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Évidemment, on n’abolira pas novembre de mon vivant. Mais je me console en pensant que la conception et l’interprétation du calendrier sont toujours susceptibles d’être peaufinées avec… le temps.

Déjà, sur terre, l’humanité vit au rythme de différents calendriers solaire, lunaire et luni-solaire: musulman, hébraïque, persan, copte, éthiopien, arménien, hindou, chinois, alouette!

Sans oublier le calendrier des pompiers! Pas celui avec des p’tits chiens mignons, là. Mais l’autre, celui qui induit tant d’âmes affolées en tentation, mea culpa.

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Néanmoins, rien ne dit que dans mille ans les humains s’en tiendront encore au calendrier grégorien, qu’ils seront en 3018.

Dans mille ans, les grandes religions d’aujourd’hui auront possiblement disparu. La langue française, n’y pensons même pas. Et la langue anglaise non plus! Oubliez l’argent tel qu’on le connaît, oubliez les voitures, télés, ordis, et tous les gadgets d’aujourd’hui qui ne seront plus que des artefacts dans les musées du temps, si musées il y a.

On aura peut-être enfin rencontré des extra-terrestres, découvert ce qui se passait avant le Big Bang, et appris comment se téléporter.

Mais, avec un peu de chance, l’humanité aura aboli le funeste mois de novembre pour le remplacer par un temps d’euphorie collective à rire de nous, les primitifs de l’an 2018, à rire de nos superstitions, de nos calendriers dérisoires, de nos bredouillages scientifiques.

Et peut-être même à rire de la mort, cette grande faucheuse qui nous fascine et nous terrifie à la fois. À bas novembre!

Han, Madame?