Garder la tête froide

Durant les derniers jours, on a assisté partout autour de nous à des soulèvements, des soubresauts et des revirements politiques: le mouvement des gilets jaunes en France, le soi-disant revirement du gouvernement ontarien sur la question des francophones, les déclarations intempestives à Fredericton, et j’en passe.

«Le peuple», celui que l’on dit silencieux, laborieux, outragé, dépité, est en colère et le manifeste: il en a assez d’être ignoré, c’est ce que disent les gilets jaunes, bafoué, c’est le cas des Franco-Ontariens et, à vrai dire, de nous tous et toutes en francophonie, ou directement menacé, (c’est le cas des Acadiens et des Acadiennes depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs-plus-Alliance au Nouveau-Brunswick et, curieusement, de ses unilingues anglophones!).

Mais, la colère est mauvaise conseillère et les débordements suivent: on injurie les dirigeants, les élus, les ministres et les autres qui nous ont soi-disant trahi, trompé, menti. Demandez à Emmanuel Macron, menacé de mort ou encore à son épouse, Brigitte Macron, insultée et traînée dans la boue par simple association et avec une belle dose de sexisme. Demandez à Kevin Arseneau dont une intervention manquant de «rectitude politique» lui vaut de graves menaces sur sa personne et sur sa famille.

Lorsque «le peuple» ne se soulève pas, il reste très négatif à l’endroit des politiciens: «tous des pourris», entend-on lorsque la mairie de Dieppe hausse le salaire de ses conseillers de manière à ce que ceux et celles qui servent la ville ne le fassent pas entièrement bénévolement, c’est-à-dire en payant de leur poche pour le privilège.

Alors récapitulons: nos hommes et nos femmes politiques, dont la vaste majorité se lance dans le domaine public par désir de faire avancer nos sociétés, doivent faire face à l’injure, à l’insulte, aux menaces, possiblement le faire subir à leur entourage, et tout ça pour un salaire, dans certains cas, insignifiant ou qui ne représente pas les risques liés à leur fonction.

Mais alors, qui va bien vouloir continuer à subir cette haine et ce mépris? Quand ils auront abandonné une partie devenue trop dangereuse, qui va les remplacer? Qui, dans ce peuple silencieux, laborieux, outragé, dépité et en colère, va lever la main? Ainsi commence le chaos.