À Fredericton, on démissionne surtout pour cause d’amour propre

Amanda Simard, la jeune députée franco-ontarienne, a choisi de défendre sa communauté avant son parti politique. Geste courageux s’il en est un en politique, celui de quitter son parti pour défendre une position qui touche sa communauté. J’avouerai candidement que rares sont les politiciens de ma génération qui ont eu la fortitude de poser un tel geste.

Historiquement, les démissions de députés se produisent quand des élus ne sont pas satisfaits de leur condition.

Paul Lordon démissionne en juillet 1960 du caucus libéral quand Louis Robichaud ne lui accorde pas de ministère. Tanker Malley quitte en 2006 le Parti progressiste-conservateur avec éclat parce que lui aussi ne reçoit pas de siège au Cabinet. Albert Doucet, incapable de se défendre en Chambre contre Elizabeth Weir, doit démissionner du Cabinet en 1997. Pour sauver la face, il tentera de blâmer Frank McKenna et siègera comme indépendant. Enfin Stuart Jamieson quittera le conseil des ministres de Shawn Graham sur la question de la vente d’Énergie NB, mais sans trop se battre.

Bref, peu de cas de conscience pour justifier un départ, mais beaucoup d’amour propre!

Revenons à la démission d’Amanda Simard pour constater que son geste est lourd de conséquences. D’abord, il embarrasse le gouvernement Ford, dont Mme Simard était la seule députée francophone. Il place les conservateurs fédéraux dans une situation difficile puisqu’ils ont absolument besoin de la machine bleue de Doug Ford pour espérer prendre le pouvoir.

Ensuite, il annihilera toutes ambitions politiques pour Caroline Mulroney, dont on connaît tous le désir de devenir soit première ministre de l’Ontario et pourquoi pas faire comme son père et diriger le Canada. Ses projets sont maintenant ‘’kaput’’ devant la faiblesse de ses agissements dans le dossier franco-ontarien. Elle a manqué l’occasion de faire une bonne première impression.

Ici au Nouveau-Brunswick, on aura les yeux sur Robert Gauvin qui, malgré de bonnes paroles à ses débuts, se fait silencieux depuis son accession au Cabinet. Il a plus souvent défendu son chef et son parti qu’il n’a défendu la communauté acadienne depuis son assermentation. Ses visites au Tim Horton de Shippagan sont louables, mais il faudrait faire un peu mieux.

Reconnaissons d’emblée que la situation jusqu’à présent est loin de demander à

M. Gauvin de faire le saut, mais si les circonstances l’emmenaient à prendre une décision, que ferait-il?

D’abord, il est de sang bleu jusqu’aux oreilles. Il a été élu par la seule machine bleue francophone encore fonctionnelle dans la province et sa circonscription accepterait-elle que son candidat vedette abandonne son statut?

Cependant, il est d’une autre génération et, comme Kevin Arsenault et Isabelle Thériault, saura-t-il faire de la politique autrement? Thériault pose les bonnes questions, Arsenault agace l’Alliance et il suffirait à Gauvin de nous rassurer un tant soit peu sur les positions de son parti sur les dossiers francophones. Voilà plusieurs questions spéculatives direz-vous, mais qui méritent une réflexion.

Il faut maintenant tendre la perche à Louis Légère et Paul D’Astous, deux francophones de grands talents, qui viennent de se joindre au bureau du premier ministre. Souhaitons leur bonne chance et appuyons-les!