Creed II: beaucoup plus qu’un simple film de boxe

Patrice CôtéChroniques

Parmi les suites attendues au cinéma cette année, celle du remarquable Creed (2015) était certainement la plus susceptible de frapper un mur. Le réalisateur Steven Caple Jr. a toutefois su manoeuvrer de main de maître pour esquiver les nombreux pièges dressés devant lui. Il nous offre avec Creed II (en salle depuis le 23 novembre) un film coup de poing.

Oh que Creed II aurait pu être un échec monumental.

Tout d’abord parce que le très brillant cinéaste et réalisateur Ryan Coogler n’était plus associé à l’oeuvre après nous avoir offert un premier chapitre digne des meilleurs films de boxe de l’histoire (certains critiques parlent DU meilleur).

Sans compter qu’il reste bien peu d’histoires originales de boxe à raconter à Hollywood…

Reste que le principal écueil devant Creed II était sa propension à recycler de nombreux éléments de Rocky IV (1985), en programmant notamment un combat entre les fils d’Appolo Creed et d’Ivan Drago.

Qu’on lui pardonne, mais quand il a appris l’existence de ce combat, le cynique en moi n’a pas pu s’empêcher de penser que les studios MGM essayaient de convaincre les nombreux enfants devenus adultes qui ont été charmés par Rocky IV (peut-être le meilleur feel-good movie de l’histoire) de se déplacer au cinéma.

La réalité, c’est que l’absence de Coogler ne constitue pas un réel problème et que l’oeuvre n’est pas qu’un vulgaire appât à nostalgiques.

En fait, Creed II est bien plus qu’un simple film de boxe. C’est en fait une oeuvre beaucoup plus profonde que son prédécesseur.

Apollo contre Drago

Maintenant champion du monde, Adonis Creed (Michael B. Jordan) est prêt à mettre sa ceinture en jeu.

L’offre la plus surprenante vient de l’Ukraine, alors qu’un géant du nom de Viktor Drago met Creed au défi.

Ce Drago est le fils d’Ivan (Dolph Lundgren), ce même boxeur qui, 30 ans plus tôt, a tué Apollo Creed lors d’un combat d’exhibition.

Adonis est enchanté à l’idée de pouvoir venger son père. Mais son entraîneur, Rocky Balboa (Sylvester Stallone), se méfie d’un boxeur qui n’a rien à perdre et qui cogne aussi dur que Drago.

C’est donc sans Rocky dans son coin que Creed affrontera Drago dans un combat qui sera lourd de conséquences.

Conventionnel

Ce qui frappe (sans mauvais jeu de mot…) d’abord avec Creed II, c’est le caractère conventionnel des images.

Creed était un véritable trésor visuel avec ses interminables plans-séquences et ses scènes de combat d’une rare intensité.

Caple Jr. (qui signe ici son premier film majeur) n’a pas le même oeil. Et c’est peu dire. Sa caméra est moins nerveuse, audacieuse et innovatrice que celle de Coogler.

Heureusement, le récit n’en souffre pas. On n’a juste pas l’impression d’assister à un film d’exception.

Père-fils

À l’instar de nombreuses suites, Creed II fait évoluer ses personnages principaux.

Adonis, pour un, poursuit ses efforts pour s’extirper de l’ombre de son père. Sa relation avec Rocky est maintenant beaucoup plus compliquée, tout comme les motivations qui le poussent à boxer.

On découvre aussi un autre côté de Rocky, toujours aussi désinvolte, mais qui souhaite réparer ses erreurs du passé.

En fait, le seul qui n’évolue pas est Ivan Drago, qui est demeuré la brute qu’il était il y a 30 ans.

La pomme n’est pas tombée bien loin de l’arbre puisque son fiston est limité au rôle de bête épaisse qui vit dans la crainte de son père.

Les relations père-fils sont d’ailleurs omniprésentes dans la trame du film.

Adonis et son défunt père, Adonis et la figure paternelle qu’est Rocky, Ivan et Viktor, Rocky et son propre garçon duquel il s’est éloigné…

Entre les trois (très intenses et tendus) combats, le film passe beaucoup de temps à explorer et à développer les liens familiaux qui unissent les personnages.

Cette richesse psychologique offre une bienvenue profondeur à l’oeuvre.

Effet miroir

Reste que le cinéphile moyen risque davantage de se déplacer pour la boxe, la nostalgie et les émotions. Et à ce chapitre, Creed II livre très bien la marchandise.

Il y a bien quelques longueurs (à l’image du premier Rocky, on a tendance à l’oublier),  mais quand ça compte, l’oeuvre de Caple Jr. nous tient sur le bout de notre siège.

Malgré une retenue louable, le réalisateur se permet tout de même quelques effets de miroir avec Rocky IV, notamment en transportant l’action de son film en Russie et en soumettant Adonis à un régime d’entraînement beaucoup plus primitif que celui de son adversaire.

Steven Caple Jr. peut donc dire mission accomplie.

Grâce à un film infiniment moins prévisible qu’attendu, il est parvenu à passer le K.-O. à ceux qui ne croyaient pas en ses chances.

Délicieuse ironie quand on sait que la franchise Rocky est bâtie depuis 42 ans sur l’inattendue victoire du négligé…

FICHE TECHNIQUE: CREED II

  • En bref: Maintenant champion du monde, Adonis Creed reçoit une offre de combat de la part de Viktor Drago, le fils du boxeur qui a tué son père dans le ring, il y a 30 ans.
  • Appréciation: Même s’il n’a pas les qualités visuelles de son prédécesseur et que son troisième quart est inutilement long, Creed II frappe très fort quand ça compte.
  • Version française: Creed II
  • Genre: drame sportif
  • Réalisateur: Steven Caple Jr.
  • Scénario: Collectif
  • Avec: Michael B. Jordan, Sylvester Stallone et Tessa Thompson
  • Budget: estimé à 50 millions $
  • Durée: 130 minutes
  • Une production des studios: MGM et New Line Cinema
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   4
    • Qualités visuelles:      3
    • Jeu des comédiens:      4
    • Originalité:    4
    • Divertissement:   4
    • Total: 19 sur 25

La boxe au cinéma (dix classiques depuis Rocky)

  • Raging Bull (1980)
  • When We Were Kings (1996)
  • The Boxer (1997)
  • Ali (2001)
  • Million Dollar Baby (2004)
  • Cinderella Man (2005)
  • Rocky Balboa (2006)
  • The Fighter (2010)
  • Creed (2015)
  • Southpaw (2015)