Mowgli et Netflix: le début d’un temps nouveau?

Patrice CôtéChroniques

Après avoir été lancé dans quelques salles de cinéma jeudi, le très attendu Mowgli: Legend of the Jungle sera accessible au reste de la planète sur Netflix, le vendredi 7 décembre. Jamais un film d’une telle envergure n’aura fait fi du système de distribution traditionnel pour plutôt se tourner vers internet. Est-ce le début d’un temps nouveau?

Mowgli: Legend of the Jungle a longtemps été coincé dans le trou noir des films dont la production et la sortie sont constamment repoussées.

En fait, cela fait plus de six ans que Warner Bros. planche sur un projet qui mettrait en vedette le petit d’homme.

Le tournage a débuté en 2015 et le film devait envahir les écrans en octobre 2016.

Il sera finalement présenté au monde deux ans plus tard que prévu, principalement parce que Disney est venu jouer dans les platebandes de WB en lançant The Jungle Book – un film mettant lui aussi en vedette le petit Mowgli – en avril 2016.

Tourné par John Favreau, The Jungle Book a été un gigantesque succès critique et financier. Warner a donc choisi de prendre tout le temps nécessaire pour se distancer de l’oeuvre.

Le hic, c’est que la postproduction de Mowgli s’est tranformée en cauchemar avec de nombreuses retouches.

Le budget du film n’a jamais été rendu public, mais étant donné qu’il a été tourné en 3D et que des comédiens de renom comme Christian Bale, Cate Blanchett, Benedict Cumberbatch, Andy Serkis, Matthew Rhys et Freida Pinto sont associés au projet, on peut présumer que la facture dépasse aisément les 100 millions $.

De plus, on raconte que plusieurs têtes dirigeantes des studios avaient perdu confiance dans la rentabilité du projet.

D’autres classiques réimaginés par Warner au cours des dernières années (King Arthur, Pan et Jack the Giant Slayer) ont été des échecs monumentaux aux guichets. Le studio a donc opté pour la prudence avec Mowgli et choisi de réduire ses dépenses en ne le présentant pas en salles.

Netflix a sauté sur l’occasion et a acheté les droits de distribution de l’oeuvre.

Est-ce là le début d’une nouvelle tendance ou un simple concours de circonstances?

Entendons nous: tant qu’il y aura des cinéphiles prêts à payer de 10 à 15$ pour voir un film à grand déploiement en 3D ou un bijou artistique dans une petite salle poussiéreuse, l’industrie se portera plus que bien.

Parions toutefois que les bonzes de Hollywood vont étudier avec beaucoup de sérieux ce qui va se passer avec Mowgli.

Les petites boîtes de production qui n’ont pas trop de moyens pourraient voir en Netflix, Amazon Prime et autres Hulu de ce monde un moyen de rejoindre autant sinon plus de cinéphiles, mais à une fraction du coût.

En fait, Mowgli pourrait faire de nombreux petits si, un jour, les droits de distribution payés par les services de diffusion en continu deviennent assez alléchants pour justifier d’escamoter l’étape de la sortie en salles…

Mon petit doigt me souffle à l’oreille que ce n’est pas demain la veille, mais il me dit aussi que Netflix et ses semblables ne reculent jamais devant la dépense.

Le marché du cinéma pourrait donc se métamorphoser beaucoup plus rapidement qu’on pourrait le croire…

Ce que j’ai pensé de…

Bodyguard (Netflix) – Assurément mon coup de coeur des derniers mois sur Netflix. Et une autre preuve que les Britanniques peuvent faire de l’aussi bonne, si non de la meilleure télé, que les Américains. C’est l’histoire de David Budd (irréprochable Richard Madden), un policier qui parvient à déjouer un attentat suicide dans un train. Son exploit attire l’attention de personnes de haut rang qui lui demandent de devenir le garde du corps de la Secrétaire d’État de l’intérieur – une femme ambitieuse qui parraine un projet de loi très controversé sur la surveillance des terroristes. Cette série de la BBC est d’une intelligence supérieure. Elle combine jeux de coulisses politiques, action et suspense. La cinématographie est irréprochable et l’intrigue regorge de véritables surprises. (4,5/5)

Dogs (exclusivité Netflix) – Mon premier réflexe était de vous partager mon appréciation de la troisième saison de Daredevil (que j’ai aimée, malgré le rythme inégal et l’absence trop souvent prolongée du personnage principal). J’opte finalement de vous parler d’une série documentaire exceptionnelle sur les chiens. Intitulée tout simplement Dogs, l’émission nous fait découvrir le profond attachement qui unit six personnes et leur animal très spécial. Le premier épisode nous présente Corinne, une jeune Américaine âgée de 12 ans qui souffre d’épilepsie. Lors de ses crises, l’adolescente cesse de respirer. Sa famille lui a donc procuré un chien de service qui aboie quand Corinne est en détresse. Nous sommes témoins de la profonde amitié qui se développe entre l’animal et sa nouvelle maîtresse. Larmes et fous rires garantis! Le deuxième épisode (un réfugié syrien en asile à Berlin qui est séparé de son chien Zeus) est beaucoup moins intense, mais la finale est magnifique. (3,5/5)

Homecoming (exclusivité Amazon) – Cette série de dix épisodes était sur mon radar depuis que j’avais appris que Julia Robert en serait la productrice et la vedette. Et je peux dire que je n’ai pas été déçu. La Pretty Woman est, comme toujours, brillante, mais elle se fait voler la vedette par le réalisateur Sam Esmail (déjà acclamé pour son travail dans Mr. Robot). Esmail est parvenu à créer un environnement cinématographique unique, qui semble tout droit tiré des années 1980 (en raison des décors, de la musique et de l’éclairage). Mais au-delà de tout ça, c’est la qualité du scénario qui fait de Homecoming une des meilleures séries de l’année. Robert y interprète une ancienne travailleuse sociale qui gérait un centre d’aide psychologique pour les anciens combattants. Or, un immense mystère entoure ce centre et un bureaucrate tente d’y voir plus clair. C’est beau, c’est bon et c’est difficile d’écouter un seul épisode à la fois tellement on a hâte au dénouement de l’intrigue. (4,5/5)

The Good Place (saison 2 – Netflix) – Cette intelligente comédie demeure, à ce jour, un bijou méconnu. C’est l’histoire de quatre humains qui, à leur mort, sont envoyés dans un «paradis» appellé The Good Place. S’en suivent une série de désopilants rebondissements et de révélations. À l’instar de la première saison, la seconde démarre lentement avant de trouver sa vitesse de croisière. Les créateurs nous proposent de nouvelles intéressantes réflexions éthiques. Ce sont d’ailleurs ces réflexions qui différencient The Good Place des autres comédies du genre. En fait, le charme de la série, c’est qu’elle peut être écoutée uniquement pour les gags, mais que ceux qui souhaitent s’y investir à fond y trouveront une surprenante dose de matière à réflexion. Kristen Bell, Jameela Jamil, Manny Jacinto et surtout Ted Danson sont une fois de plus brillants. À découvrir pour son humour fin et sa redoutable subtilité. (4/5)

BIENTÔT SUR VOS ÉCRANS

Amazon Prime Video

  • Life Itself – (21 décembre)

Les fanatiques de This Is Us sont nombreux en Acadie et ils seront heureux d’apprendre que le créateur de la série, Dan Fogelman, propose maintenant le film Life Itself. La distribution est impressionnante avec, notamment, Oscar Isaac et Olivia Wilde.

Nouveaux films d’intérêts:

  • A Clockwork Orange (1er décembre)
  • All the President’s Men (1er)
  • Groundhog Day (1er)
  • Hereditary (27)

Hulu

  • Killing Eve – (1er décembre)

Diffusée sur BBC en avril, la série a connu un énorme succès. Elle raconte l’histoire d’Eve (Sandra Oh), une policière qui tente de mettre la main au collet d’une psychopathe (Jodie Comer). Rapidement, une sorte de fascination se développera entre les deux femmes.

Nouveaux films d’intérêts:

  • Apollo 13 (1er décembre)
  • Blue Jasmine (1er)
  • Little Miss Sunshine (1er)
  • The Shawshank Redemption (1er)

Netflix

Ce n’est pas l’abondance côté séries ce mois-ci chez Netflix. On se rabat donc sur la deuxième saison d’Alexa et Katie. En nomination pour un Emmy plus tôt cette année, cette émission raconte les problèmes d’intégration scolaire que vit une adolescente souffrant d’un cancer.

Nouveaux films d’intérêts:

  • Hellboy (1er décembre)
  • The Big Lebowski (1er)
  • The Lobster (2)
  • Avengers: Infinity War (25)

Le classique du mois

Avant Spotlight (2015) et The Post (2017), le film ultime sur le journalisme était All The President’s Men (1976). L’oeuvre du réalisateur Alan J. Pakula revient sur les efforts des journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein pour exposer au monde le scandale du Watergate. Voilà votre chance de voir Robert Redford et Dustin Hoffman – deux des plus grands comédiens de l’histoire – à leur apogée. Un visionnement nécessaire pour tous ceux qui croient encore, à tort, que Facebook et Instagram vont un jour rendre les médias traditionnels obsolètes.  Une grande oeuvre, finaliste à huit Oscars (dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur).

Prochain rendez-vous: le 29 décembre.