Triste anniversaire

Au moment où j’écris ces lignes, cela fait 29 ans que Marc Lépine a fait irruption à l‘École Polytechnique de Montréal, tuant 14 femmes, comme il l’avait soigneusement planifié.

L’année précédente, au Canada, 97 femmes étaient mortes aux mains de leur conjoint, ami, partenaire.

J’ai vécu l’horreur de ce moment et puis j’ai voulu croire que ce drame allait éveiller les consciences. Quelle naïveté de ma part! Aujourd’hui la violence contre les femmes n’a pas cessé, ni même diminué et les statistiques de 2016 donnent froid dans le dos: 2155 rapports de violence conjugale au Nouveau-Brunswick, 2475 en Nouvelle-Écosse, 1411 dans ma province et 298 à l’Île-du-Prince-Édouard.

À la grandeur du pays, 79% de ces cas ont été rapportés par des femmes. Vous voulez plus percutant? Selon la Fondation canadienne des femmes, au pays, tous les six jours, une femme meurt victime de violence conjugale, cela fait environ 60 victimes par an.

29 ans après Marc Lépine, on en est toujours là. Pire encore, sont venus s’ajouter au problème, l’intimidation sur les médias sociaux et une connectivité constante via les téléphones cellulaires. Certains abuseurs installent en cachette des applications de géolocalisation sur le cellulaire de leur partenaire de façon à les suivre partout. Les victimes n’ont donc plus aucun répit, aucun endroit où se sentir en sécurité.

Et je ne suis pas la seule à penser que les choses ne sont pas à la veille de changer, surtout dans le climat politique actuel à travers le monde. En mai 2017, la Fondation canadienne des femmes rendait public un sondage confirmant cette inquiétude: 79% de personnes interrogées croient que la nouvelle génération de Canadiennes est tout aussi susceptible d’être victime de violence; 93% des femmes, de 18 à 34, en sont convaincues.

Si je partage ces chiffres avec vous, aujourd’hui, en ce triste anniversaire, c’est que je suis persuadée que le changement ne peut se produire sans connaître les faits, sans mesurer l’étendue du problème. Je n’ai aucune autre réponse à proposer, si ce n’est que d’élever nos enfants (filles et garçons) dans le respect de soi-même et des autres. La clé est là, mais il faudra clairement plus d’une, deux ou trois générations pour éradiquer ce fléau.