La prétention venue du Nord

Prétendre que l’humilité ne fait pas partie de son bagage génétique est un euphémisme. Il s’est imposé comme un incontournable depuis son élection en septembre dernier et rêve de vouloir changer les choses. Réussira-t-il?

Kevin Arsenault dit ce qu’il pense et n’a pas la langue de bois. S’il s’est fait remarquer récemment dans son allocution en réponse au discours du Trône c’est à cause d’une citation où il fait référence à Joseph Goebbels.

En écoutant ce discours deux fois plutôt qu’une, j’ai constaté qu’il en dit beaucoup plus que l’on pense au sujet du nouveau député de Kent Nord. Celui qu’une personne de sa circonscription a décrit comme étant «la prétention venue du Nord», s’impose comme un orateur performant dont le texte toutefois se voulait davantage comme le bon travail d’un étudiant au baccalauréat qu’à celui d’un député.

Il se montre à tout le moins condescendant en insinuant que les membres de l’Assemblée législative sont tous associés a du «léchage de bottine» et que les discours qu’il a entendus jusqu’à maintenant manquent de substance.

Malgré l’apparente qualité de son texte, on constate qu’il n’a fait qu’utiliser le travail de Graham Steele, cet ancien ministre néo-démocrate de la Nouvelle-Écosse qui décrit comment les politiciens au Canada finissent par perdre de leur conviction devant la nécessité de se faire réélire.

Ce qui m’a le plus frappé dans son allocution est le fait que dans un discours de trente minutes, il n’ait aucunement parlé de sa région et de sa circonscription. En fait, il n’a parlé que de lui-même!

Il n’a pas hésité à s’autoproclamer membre d’un groupe restreint de politiciens dans le monde qui s’élèvent au-dessus des autres. Il s’inclut donc dans un groupe sélect avec l’Américaine Alexandria Ocasio-Cortez, la Portugaise Marisa Matias et la députée de Québec solidaire Catherine Dorion.

La seule allusion faite à son travail de député est le fait qu’il met en garde ses électeurs de ne pas le déranger à 5:45 du matin.

Cette mise en garde s’ajoute bien sûr à des déclarations qu’il a faites à la presse la semaine dernière, où il s’est plaint d’avoir reçu des menaces sur les médias sociaux et lors d’un arrêt dans une station d’essence.

Il lui faudra apprendre que la politique c’est un sport extrême. Si j’avais appelé la police à chaque fois qu’un pêcheur de crabe dont je tairai le nom m’a menacé, je serais encore au poste de police!

À la défense du député de Kent-Nord, je dois reconnaître que ma petite enquête m’a permis de constater qu’il possède dans sa circonscription un très grand capital de sympathie et que ses commettants semblent être fiers de lui. Toutes les personnes à qui j’ai parlé confirment qu’il est accessible, cherche à engager ses électeurs et qu’il a demandé aux municipalités de sa circonscription de pouvoir utiliser leurs locaux pour rencontrer les électeurs.

Personnage coloré s’il est un, le député de Kent Nord saura-t-il maintenir le cap dans sa quête d’un monde meilleur? Oui, s’il parle moins de lui-même et beaucoup plus de ses électeurs.