La peur des monstres

Pour se croire à peu près informée de ce qu’il se passe chez-elle et ailleurs, une personne doit nécessairement se renseigner à plusieurs sources. Or, parfois le temps manque, ou le rythme de vie change, et le fil de l’histoire s’en trouve changé aussi.

Je vis ces jours-ci à Caraquet, au rythme de la froidure et des allées et venues des charpentiers, inspecteurs, électriciens, plombiers, installateurs et livreurs (je n’ai pas vu de femmes « sur le terrain »). Ces hommes, ils commencent à travailler tôt le matin, m’obligeant à escamoter les lectures matinales.

Il y a quelques jours, j’entends dire que les conservateurs de Blaine Higgs vont couper on ne sait combien (mais on sait que c’est beaucoup !) de millions de dollars de projets d’infrastructures et d’immobilisation qui touchent les Acadiens. Je n’entends pas cela comme j’entendrais À la claire fontaine, m’en allant promener… Non, l’information passe comme un sifflement au ras de l’oreille.

D’une manchette à l’autre, la presse acadienne ne rapporte pas précisément quels projets sont mis en attente chez les anglophones. Cela laisse penser que seuls les Acadiens sont ciblés. Vous voyez comme il est facile de faire fausse route et d’induire en erreur?

Des gens par ici, dans la Péninsule (ailleurs en Acadie également), semblent tenir Blaine Higgs pour le diable en personne. Son acolyte Dominic Cardy ne vaut guère mieux.

Pardonnera-t-on à ce démocrate dans l’âme d’avoir suggéré un jour de laisser voyager jeunes anglophones et francophones dans les mêmes autobus? Dans n’importe quelle société civilisée, il y aurait lieu de croire cela possible, non?

J’ai souvent pensé que les Acadiens avaient tendance à secouer des épouvantails pour pas grand-chose. Je me trompe peut-être. Je tends aussi à penser que la grande majorité des anglophones néo-brunswickois que nous côtoyons est constituée de gens aussi valeureux et endurants que nous. Même chose pour ceux et celles des Premières Nations encore parmi nous.

Dans ce sens-là, oui, je pense que le Nouveau-Brunswick existe. Mais pas dans la manière présente de s’entendre. Nous avons trop peur des monstres, c’est-à-dire, de nous-mêmes.