Blaine Higgs, comptable en chef

Le gouvernement Higgs a jeté un pavé dans la marre, la semaine dernière, en dévoilant un budget d’immobilisation très modeste.

Des rénovations reportées par-ci, des investissements annulés par-là; les progressistes-conservateurs n’y sont pas allés du dos de la cuiller.

Les compressions annoncées ont été accueillies par un tintamarre de critiques de la Péninsule acadienne à Memramcook, en passant par Shediac et Saint-Jean.

Il fallait pourtant s’y attendre. Comme l’a souligné François Gravel en édito, ce budget est à l’image de ce qu’avait promis Blaine Higgs lors de la campagne électorale. Et il cadre tout à fait avec sa vision de la gouvernance.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que Blaine Higgs n’est pas un visionnaire, mais bien un gestionnaire. Cet ingénieur mécanique de formation a fait carrière au sein de l’empire Irving –ou l’efficacité est reine– et il voit le monde à travers une lentille comptable.

Lorsqu’on garde ça en tête, on peut plus facilement comprendre comment il peut suspendre les travaux à l’Institut de Memramcook, le dédoublement de certaines parties de la route 11 et le remplacement du pont de Shippagan sans même cligner des yeux.

Qu’un projet soit important pour les gens d’une région, qu’il ait été déjà annoncé ou qu’il ait une portée quelconque (historique, symbolique, culturelle, régionale, patrimoniale, etc.) ce n’est pas sur son radar.

Ce qu’il veut savoir c’est si le projet est vraiment nécessaire, s’il doit être complété maintenant ou s’il est possible de le retarder, si son budget peut être ajusté à la baisse sans affecter son impact.

Cette approche –qui est inscrite dans son ADN de politicien– a fait de lui un ministre des Finances drôlement efficace et respecté, de 2010 à 2014.

Le hic, c’est que son rôle a changé et que David Alward n’est plus là pour tirer sur sa laisse et pour défendre les compressions sur la place publique.

Blaine Higgs risque de réaliser assez rapidement qu’il n’y a pas que les chiffres qui comptent en politique, surtout lorsque l’on est premier ministre.