Je n’ai pas beaucoup entendu la question cette année. Puisqu’on ne parle pas que pour parler au monastère. Les moines évitent de telles questions qui ne visent, bien souvent, qu’à saluer l’autre ou commencer une conversation. Pourtant, ces jours-ci, au lieu de commenter la température en rencontrant quelqu’un, il semble de bon aloi de lui demander «Êtes-vous prêts pour Noël?»

On va faire le plein d’essence et le pompiste nous demande «Êtes-vous prêts pour Noël?». En choisissant ses fruits à l’épicerie, on se fait interpeller «Êtes-vous prêt pour Noël?». Feuilletant des magazines dans une salle d’attente, un étranger nous demande «Êtes-vous prêt pour Noël?»

D’où vient ce besoin pour quelqu’un que je ne connais même pas de savoir si je suis prêt pour Noël? Qu’est-ce que ça peut bien changer dans sa vie de savoir si je suis prêt ou non pour Noël? Si je réponds que je ne suis pas prêt, est-ce qu’il va se proposer pour venir faire mes pâtés? Ou emballer mes cadeaux?

Je ne sais pas quoi répondre à cette question de décembre. Surtout parce que je ne suis pas certain que tout le monde veuille dire la même chose par «être prêt pour Noël». Alors bref, je lui dis que je suis prêt. Et c’est vrai. Noël peut arriver demain, dans une heure, tout de suite. Je suis comme un scout: «toujours prêt»!

L’autre est souvent déçu de ma réponse. Parce qu’il aurait voulu entendre que moi aussi je me démène comme un diable dans l’eau bénite pour cocher tous les items d’une liste de choses à faire d’ici Noël. Une liste que la culture ambiante m’a dictée et que j’ai faite moi-même sans m’en rendre compte. L’autre aurait voulu que moi aussi je sois débordé par les diktats de l’économie de Noël: ainsi, j’aurais pu lui donner raison quant à ses dépenses excessives et ses achats superflus.

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Je suis prêt. Parce que pour moi Noël, c’est de vivre des moments de bonheur avec mes amis et ma famille. Et pour cela, je suis prêt! Pour moi Noël, c’est se libérer de toutes formes de regrets ou de plans d’avenir qui empêchent de vivre le présent. Pour cela aussi, je suis prêt: je n’ai pas ce besoin de compenser en une nuit les ingratitudes des 365 derniers jours. Pour moi Noël, c’est aussi accepter de perdre du temps pour gagner l’essentiel. Toujours prêt!

Noël, c’est le temps de la rencontre. Ce bonheur d’être avec les autres et avec soi, il ne s’achète pas. Dommage qu’on arrive à ces rencontres épuisés par des jours et des semaines de courses folles. Les bras pleins, le cœur vide.

Pourquoi pas prendre ça mollo d’ici Noël? Allez marcher. Prenez plaisir à préparer et déguster un bon plat mijoté. Visitez d’anciennes connaissances dans des résidences. Si vous êtes croyant, entrez dans une église pour réfléchir, prier, allumer un lampion.

Toutes ces listes de choses à faire d’ici Noël, c’est vous qui les avez faites! Vous vous êtes laissés avoir par tant de messages extérieurs vous incitant à consommer. Vous en êtes venus à croire que les autres vous aimeront davantage à cause du prix des cadeaux ou de l’originalité de la réception. Sans vous en rendre compte, vous êtes prostrés devant l’autel du consumérisme. Pauvres de vous!

Voilà un beau cadeau de Noël: prendre conscience de cet esclavage pour s’en affranchir. Ce cadeau, il sera pour vous. Vous serez libéré de cette pression inutile pour trouver le cadeau idéal, organiser une fête impeccable et vous montrer exceptionnel. Ce cadeau sera également pour les autres qui préfèrent trouver chez vous une présence accueillante qu’un lambeau épuisé par la préparation et stressé de devoir payer pour tout cela. Ce cadeau sera aussi pour la planète enfiévrée par nos excès.

Si nous préparons uniquement les choses extérieures, souvent superficielles, nous passons à côté du vrai sens de Noël. Pour découvrir celui-ci, il faut renoncer à notre ego borné à plaire aux autres. La signification de cette belle saison est masquée et déformée par trop de distractions et d’incitations à prendre des chemins qui nous éloignent de nous-mêmes et des autres. Ce qui est dispersé dans l’absurdité de nos courses ne menant nulle part (sinon à notre propre épuisement) doit être rassemblé pour nous faire retrouver le chemin vers ce lieu dépouillé du premier Noël.

Prêt pas prêt, Noël va arriver en même temps pour tout le monde. Il n’attendra pas les retardataires avant de faire son entrée. L’Emmanuël va venir au monde pour tous. Il ne fera pas le tri entre ceux qui se disent bien préparés et les autres. Ceux qui auront leur lampe allumée pourront Le reconnaître. La lampe de l’accueil, de l’amour gratuit, du partage. Gardez vos lampes allumées.