La bataille du gaz de schiste

On a pu voir récemment que les opposants à l’exploitation du gaz de schiste ont ressorti leurs pancartes lors d’une visite de députés de l’Assemblée législative dans la région de Sussex. Pour ces manifestants, pas question de lever le moratoire sur la fracturation hydraulique, instauré par le gouvernement de Brian Gallant, en 2015, même sur une base régionale avec l’accord des communautés concernées.

L’auteur Richard Saillant, qui a publié un ouvrage sur le gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, afin d’y jeter un regard plus rationnel et moins émotionnel, écrivait que «le gaz de schiste est aujourd’hui à la province ce que l’accord de libre-échange avec les États-Unis, était au Canada, il y a un quart de siècle: une question hautement controversée et très polarisée qui échauffe rapidement les esprits.»

On se rappelle tous les scènes d’émeutes dans la région de Rexton où les opposants à l’exploration du gaz de schistes y ont bloqué des routes et incendié des véhicules de police. Le syndrome «pas dans ma cour» y est particulièrement tenace. Aux dernières nouvelles, des milliers de gens utilisent le gaz naturel dans la province, dont une grande partie provient de l’Ile de Sable, en Nouvelle-Écosse. Les puits y seront bientôt asséchés et il faudra se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement. Nos voisins américains qui produisent de grandes quantités de gaz de schiste seront sans doute nos principaux fournisseurs.

Si nous voulons toujours utiliser le gaz naturel, nous devrons nous résigner à l’importer de régions où la fracturation hydraulique est toujours en vigueur pour l’extraire. Sinon, pour être cohérent avec nos valeurs, il faudra se tourner vers d’autres sources d’énergie et fermer les robinets de gaz naturel dans cette province.

Le nouveau gouvernement progressiste-conservateur veut reprendre, dans la région de Sussex, l’exploitation du gaz de schiste et éventuellement l’étendre dans d’autres régions, si les communautés y accordent leur licence sociale. L’idée ici est de ne pas imposer à une communauté l’industrie du gaz de schiste si celle-ci y est fermement opposée.

Pour certains, c’est un compromis raisonnable, alors que pour d’autres, il faut maintenir le moratoire sur la fracturation hydraulique sur l’ensemble de la province. Pour ces derniers, les risques pour l’environnement sont trop importants, l’air et l’eau potable seront gravement contaminés. Chacun invoque des études scientifiques pour conforter son opinion. Nous assistons donc à un dialogue de sourds.

Qui devra trancher? Le gouvernement, les députés de l’Assemblée législative ou encore la population, lors de plébiscites locaux ou d’un référendum provincial. On peut constater que les partis politiques sont divisés sur cette question. Si on décide d’agir sur une base régionale, le recours à des plébiscites apparaît une approche à considérer. Une autre avenue est de tenir un référendum provincial sur cet enjeu où la population aura le mot de la fin.

La Loi référendaire prévoit que c’est l’Assemblée législative qui décide ultimement de la question qui sera tranchée par la population.