Ce n’est pas un jeu

Quelle histoire que cette explosion des coûts des Jeux de la Francophonie 2021. Et quelles réactions! Pour ma part, connaissant personnellement nombre de ceux et celles qui travaillent (ou travaillaient, jusqu’à tout récemment) à leur organisation, je les sais compétents et compétentes et, surtout, intègres. Alors, avant de sauter aux conclusions, je suis allée me renseigner.

J’ai découvert que le budget de tous les Jeux de la Francophonie est «conven-tionnellement arrêté à 10 millions d’Euros» (sic) par l’Organisation Internationale de la Francophonie, soit 16 millions de dollars canadiens. En clair, afin que tous les États-membres puissent prétendre à les organiser, l’OIF dit que les Jeux coûtent environ 16 millions $ et on laisse aux locaux le soin de se débrouiller avec le reste de la note. La grande supercherie est là. Le nœud du problème actuel, aussi.

La candidature Dieppe-Moncton a été présentée selon «le budget conventionnellement arrêté », tout en sachant pertinemment bien que ça coûterait beaucoup plus pour organiser ces activités sportives et culturelles et accueillir quelque 54 États et gouvernements: 3000 participants, près de 200 médias internationaux et nationaux, (rien que Radio-Canada estime le coût de sa couverture à 8 millions $). Tous, fonctionnaires et politiques, le savaient, ils auraient dû le dire dès le début. Clairement.

Le Comité organisateur (où tous les paliers de gouvernement sont représentés!) et les employés qu’on se plaît aujourd’hui à insulter, ont donc préparé, avec l’aide d’experts, un budget total de 130 millions $. L’étude indépendante commandée par Ottawa leur donne raison sur le montant (à quelques millions près).

L’ancien premier ministre Gallant et ses fonctionnaires connaissaient ce chiffre, soi-disant choquant, depuis des mois. Pourquoi, n’a t-il pas immédiatement retiré la candidature ou entamé des négociations avec Ottawa pour financer l’évènement? À qui profitent aujourd’hui ces révélations, cette indignation et ces condamnations sommaires? Je laisse aux électeurs du N.-B. le soin de répondre à cette question.

Jouer dans la cour internationale a un coût, c’est aussi une responsabilité morale: le manque de rigueur dans les analyses de la semaine passée, la victimisation des employés et des bénévoles du Comité organisateur et le manque de courage des fonctionnaires et des élus en tout genre n’est vraiment pas reluisant. Ce n’est pas comme ça qu’on tire la Francophonie vers le haut.