Jamais je n’aurais cru, dans ma vie de cinéphile, que je verrais un jour une pieuvre jouer des bongos… dans un film destiné à un public adulte.

À en croire le soupir collectif d’incrédulité qu’a poussé le public réuni à la première d’Aquaman, jeudi soir à Caraquet, je ne suis pas le seul à avoir trouvé que cette scène était davantage digne d’une aventure de Squiddly Diddly que d’un film de superhéros – qui se situe dans un univers dont les créateurs vantent la noirceur et la complexité morale.

Ce n’était évidemment qu’une toute petite scène – d’une durée de trois secondes à peine. Pourtant, cette banale séquence résume parfaitement ce qu’est Aquaman: un tsunami de superficialité.

J’ai vu plus que ma part de films de superhéros. Mais des tocards comme Aquaman? Très peu. En terme de films tape-à-l’oeil qui nous assomment avec des dialogues tirés du devoir d’un élève de 5e année, je pense qu’il faut remonter aux Batman de Joel Schumacher, dans les années 1990 (vous savez, avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Mr. Freeze?).

On s’entend qu’Aquaman n’est pas l’horreur qu’était Batman & Robin (1997). Soyons honnêtes, après plus de 100 films du genre en 30 ans, Hollywood, à force d’essais et d’erreurs, commence à maîtriser la recette.

Reste qu’au niveau de l’intelligence, de la subtilité et de la recherche artistique, Aquaman est l’équivalent cinématographique d’un vieux radeau délabré: il manque cruellement de raffinement.

Deux mondes

Arthur Curry (Jason Momoa), alias Aquaman, est issu de l’amour interdit d’un père humain et de la reine du royaume – perdu et englouti – d’Atlantide (Nicole Kidman).

Il peut respirer sous l’eau, nager comme un poisson et contrôler la faune marine. Il est aussi doté d’une force surhumaine.

Arthur utilise ses dons pour faire le bien, que ce soit en rescapant des pêcheurs en détresse ou en faisant la vie dure aux pirates.

À plusieurs reprises, des émissaires d’Atlantide ont approché Arthur pour qu’il prenne la place de sa mère sur le trône, ce que l’entêté Aquaman a toujours refusé.

C’était jusqu’à ce que le demi-frère d’Arthur (Patrick Wilson), le souverain d’Atlantide, souhaite punir les humains pour leur négligence environnementale en leur déclarant la guerre.

Aidé de Mera (Amber Heard), Arthur défiera son demi-frère. Pourra-t-il sauver le monde et unir les habitants des mers et de la terre?

Du bon

Même s’il est un des films les plus ringards (en bon acadien, on dirait cheezy) de l’histoire, Aquaman n’est pas pour autant dépourvu de qualités.

Il va sans dire que quand des studios allongent plus de 150 millions $ pour tourner une oeuvre, les effets spéciaux doivent être de qualité. C’est le cas avec le petit dernier de DC.

Les mondes sous-marins sont magnifiques et leur environnement déborde d’imagination. Dommage que tout ait l’air si artificiel en raison de la surutilisation des images de synthèse – et de la ridicule armée d’hippocampes chevauchés par des Atlantes…

On salue par contre les innombrables retouches informatiques qui ont été nécessaires pour faire en sorte que les cheveux et les vêtements des personnages – qui passent le plus clair du film à dialoguer sous l’eau – aient l’air d’onduler au rythme du courant.

L’humour du film est aussi à point. Dans ce domaine, Aquaman est assurément la meilleure entrée des studios DC, mais est encore loin d’atteindre le niveau de Marvel.

Du moins bon

Un des principaux problèmes d’Aquaman, c’est qu’il semble prendre les cinéphiles pour une bande d’abrutis qui se laissent endormir par la splendeur des effets spéciaux et les nombreuses scènes d’action.

Un paquet de trucs ne fonctionnent tout simplement pas. À commencer par le scénario, fort peu inspiré. Oui, l’histoire se tient. Mais quand on la décompose, on réalise qu’il s’agit en fait de l’amalgame d’un paquet d’idées déjà abondamment recyclées.

Les cinq scénaristes empruntent à Iron Man, à Thor, à Spider-Man et à la légende du roi Arthur, entres autres. Ils noient ensuite le tout du cliché romantique par excellence dans lequel les deux personnages principaux qui ne parviennent pas à se sentir finissent par s’embrasser dans une scène explosive (littéralement)…

Il faudra aussi m’expliquer comment Mme Heard peut rester parfaitement coiffée et maquillée en tout temps. Ses faux cils, son rouge à lèvres et ses impeccables boucles rousses ne sont en effet jamais abîmés, qu’elle sorte tout juste de l’eau, qu’elle nage en profondeur ou qu’elle vienne de marcher des heures (en talons hauts…) dans le désert…

Et que dire des dialogues, tellement télégraphiés que vous pouvez deviner les répliques des personnages avant qu’ils les énoncent. Parlez-moi d’un champion du monde du cliché!

La pire insulte à l’intelligence du public est toutefois celle entourant le secret d’Atlantide. Pendant des millénaires, les Atlantes ont vécu loin du regard des humains, qui considèrent leur existence comme une légende.

Pourtant, dans les quelques jours sur lesquels s’étire le récit d’Aquaman, des Atlantes se battent et utilisent leur technologie futuriste sur la terre ferme, devant des centaines de témoins humains… Au diable le précieux secret s’il peut être sacrifié au profit de quelques minutes d’action!

En résumé, Aquaman est un bien beau vaisseau. Son allure flamboyante ne parvient toutefois pas à cacher les nombreuses fuites qui, au final, font sombrer le navire.

FICHE TECHNIQUE: AQUAMAN

  • En bref: Le souverain du royaume perdu d’Atlantide menace d’éradiquer la vie sur Terre. Il en revient à Aquaman de sauver la situation.
  • Appréciation: Magnifique, ce sixième film de l’univers DC souffre d’un grave manque de profondeur, de subtilité et d’originalité.
  • Version française: Aquaman
  • Genre: film de superhéros
  • Réalisateurs: James Wan
  • Scénario: collectif
  • Avec: Jason Momoa, Ambert Heard, Willem Dafoe, Nicole Kidman, Patrick Wilson et Yahya Abdul-Mateen II
  • Budget: estimé à 160 millions $
  • Durée: 143 minutes
  • Une production des studios: DC Entertainment et Warner Bros
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   2
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:      3
    • Originalité:    2
    • Divertissement:    3
  • Total: 14 sur 25

L’univers DC (du meilleur au pire)

  1. Wonder Woman (2017)
  2. Man of Steel (2013)
  3. Batman v Superman (2016)
  4. Aquaman (2018)
  5. Justice League (2017)
  6. Suicide Squad (2016)