Dans deux jours, la fête! Ces jours-ci sont différents de tous les autres de l’année. Ils sont à savourer et à apprécier. Comment réussir ce pari?

Épuisés et blasés du consumérisme de décembre, certains souhaitent que Noël fasse irruption dans une société où le matérialisme semble avoir le dernier mot. Certains désirent que les prochains jours fassent contraste avec les derniers. Ce serait si beau un Noël qui nous rapproche de l’essentiel.

Certains éprouvent la nostalgie du Noël de leur enfance où les rites religieux faisaient partie de la célébration et contribuaient au mystère de la nuit de Noël. Ils ressentent le désir aussi de se rapprocher de Dieu. De prendre un temps, même s’il est court, pour communier à quelque chose, Quelqu’un, de plus grand que soi. Quel itinéraire prendre pour aller vers Lui?

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Au lieu de fixer les yeux vers le haut, Noël est une invitation à regarder vers le bas. Accepter de descendre des hauteurs. C’est ce que Dieu fait à Noël. Il devient l’un de nous en épousant notre condition humaine. Il se fait petit-enfant. Pour le rencontrer, il faut accepter de s’abaisser. Si on veut être à sa hauteur, il faut s’agenouiller.

Si Dieu accepte de descendre des cieux, ce n’est pas pour que nous l’admirions dans son abaissement. C’est pour nous donner un exemple: nous devons nous aussi accepter de descendre. Pour les autres d’abord. Vous le savez: quand nous voulons porter quelqu’un, il faut nous baisser encore plus bas que cette personne pour mieux la soulever. C’est ce que Dieu fait pour nous: Il s’est abaissé pour nous élever. Pour nous faire participer à sa condition.

Noël, c’est aller vers ceux qui sont en bas dans notre monde: les rejetés, les brisés, les humiliés. La justice sociale est plus qu’un rêve de Noël. C’est une exigence du mystère de l’incarnation. Ceux qui sont au ras de notre société ont droit à des conditions de vie qui respectent leur dignité d’enfants de Dieu. Ils sont aussi un miroir de ce que nous sommes: des êtres fragiles et pauvres.

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Descendre aussi au tréfonds de nos vies. Au secret de nos vies, nous trouvons un abîme. Les philosophes, autant que les psychologues et les mystiques, cherchent à comprendre l’origine de ce manque inhérent à la condition humaine. Nous sommes plusieurs à croire que Dieu seul peut combler ce vide. Je ne me lasse jamais de redire cette prière d’un chrétien des premiers siècles «Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en toi.»

Quel paradoxe dans notre monde: on valorise la force, la compétence et la performance. Comme si, pour trouver notre identité, on devait nier notre part de faiblesse et de vulnérabilité. Nous voulons toujours plus de connaissance, de pouvoir, de richesse, d’amour. Toujours plus, même si cette course mène à l’épuisement. Pour moi, cette quête infinie est un désir de Dieu. Ce vide est notre plus grande richesse, mais aussi notre plus grande bassesse à accueillir.

Pour descendre encore plus bas des pauvretés inhérentes à notre vie, chacun prendra, un jour ou l’autre, le chemin redouté de la mort. C’est l’épreuve ultime de l’abaissement. Mais aussi l’expérience sublime du relèvement.

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Aller vers le bas, c’est aussi regarder la terre sous nos pieds. Admirer la beauté de notre planète et du cycle des saisons. Dieu aime tellement cette terre qu’Il a décidé un jour de venir y planter sa tente. L’amour de la Terre, c’est aussi important pour Dieu que l’amour du ciel. La vraie religion, c’est avoir les yeux levés au ciel, mais avec les deux pieds sur terre, prêts à rendre ce monde plus beau.

Nous avons conscience de la fragilité de la création. Notre planète montre des signes d’épuisement: elle n’en peut plus de notre style de vie qui favorise une consommation exagérée et un gaspillage éhonté des ressources naturelles. Notre égoïsme détruit la création. On pollue en jetant. On abuse en consommant. On pèche en gaspillant. Notre planète enfiévrée a besoin d’être soignée.

Un chrétien ne peut pas célébrer Noël sans s’engager à prendre soin de la planète. Sans cet amour de la terre, toute religion peut tourner au fanatisme faisant croire que tout ce qui importe, c’est d’agir pour aller au ciel, même si cela doit passer par le sacrifice humain. Des extrémistes religieux nous le montrent trop souvent.

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Noël, c’est aller vers le bas. Vers les pauvres et les méprisés. Vers ce qui est foulé au pied dans nos propres existences. Vers notre sœur et mère la Terre qui a besoin d’être relevée dans nos priorités.

Pour Noël, je vous souhaite des hauts et des bas. Sachant qu’on peut rencontrer Dieu autant dans les hauteurs que dans les profondeurs de nos vies. La joie est autant dans l’euphorie de la fête que dans l’abîme de nos vies qui nous fait rencontrer la lumière.

Je vous souhaite des hauts et des bas. Des vrais bas aussi! En laine préférablement. De couleurs. Avec des fantaisies. Des beaux bas. À bas prix! Non seulement pour accrocher sur la cheminée, mais pour garder vos pieds au chaud et vivre des moments chaleureux avec ceux et celles que vous aimez. Joyeux Noël!