Une léthargie de quelques semaines

Robert Gauvin peut dormir tranquille. Une mauvaise journée au gouvernement vaut encore mieux que des centaines de bonnes journées à l’opposition.

Celui qui, dans à peine six mois est passé du personnage fictif de Noume, au pays de la Sagouine, à celui encore plus irréel de vice-premier ministre, dans le gouvernement de Blaine Higgs mérite sans conteste, le titre de personnalité politique de l’année, et ce, autant pour ce qu’il a fait que pour ce qu’il n’a pas encore fait!

Difficile à croire me direz-vous, mais il est vrai que Robert n’a jamais sérieusement considéré une carrière politique avant que certains de ses anciens copains d’école lui tordent littéralement le bras pour qu’il embarque dans cette aventure, ce printemps.

Bien au contraire, selon mes sources, l’expérience politique de son père a plus souvent été perçue comme une expérience négative dans la famille Gauvin. Se tenir loin de la politique ou encore s’en moquer correspondait davantage au plan du comédien.

La partisanerie dans la circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou est encore reine. Dernier bastion d’une façon archaïque de faire de la politique, les organisateurs en mènent large.

On n’avait pas vu, à Shippagan, un politicien aussi charismatique depuis des générations. C’est pourquoi on le trimbale d’un café à l’autre pour montrer comment il est accessible, alors que tous les politiciens font cela depuis des générations ailleurs dans la province.

Et si cette élection provinciale a mené Robert vers des sommets inespérés, il faut aussi reconnaître que la campagne de septembre dernier aura servi, bien malgré elle, à réhabiliter aux yeux du peuple la mémoire de son père, Jean Gauvin. Celui-ci n’ayant jamais reçu, de la population locale, le crédit qu’il mérite pour avoir construit, presque à lui seul, une industrie du crabe qui fait encore aujourd’hui l’envie des autres provinces.

Bien au contraire, pour d’obscures raisons que seule la politique dans la péninsule acadienne peut expliquer, on a voulu oublier les accomplissements de cet homme hors du commun.

Avis aux pêcheurs de crabe, il est encore temps de vous reprendre et de reconnaître que si vous êtes en grande partie ce que vous êtes, c’est parce Jean Gauvin était là! Rappelez-vous qu’une plaque équivaut au prix d’un VTT et qu’une statue de bronze coute encore moins cher qu’une camionnette!

Revenons au Fiston, qui a dû réaliser en fin d’année, qu’il y a toute un monde entre les propos rassurants de Blaine Higgs et les gestes aux lourdes conséquences qu’il a posés au nom du prétendu gros bon sens.

Après une léthargie de quelques semaines, Gauvin s’est ressaisie en mettant le premier ministre en garde contre la direction prise par son ministre de la Santé dans le dossier des ambulances.

Ce coup de semonce, que certains jugeront trop tardif et trop faible, aura à tout le moins le mérite de signaler d’une part, au gouvernement qu’il veille au grain et d’informer la population francophone qu’il a tracé une ligne sur le sable dans le dossier linguistique.

Gauvin devra comprendre que le vrai pouvoir il ne le recevra pas de Blaine Higgs, il devra le prendre lui-même, un morceau à la fois.

Son père avait très bien compris ce fait.