Le passage d’une année à une autre est propice pour réfléchir au don du temps. Je suis allé à la rencontre d’une personne qui va vivre son centième jour de l’an. Avec cette conviction que nos aînés sont notre mémoire de promesses.

Mgr Gérard Dionne aura 100 ans en 2019 le 19 juin prochain. Né à Saint-Basile au sein d’une famille de dix enfants, il passe son enfance à Dégelis et à Edmundston. Ensuite, il fait son cours classique en Beauce où il obtient son baccalauréat de l’Université Laval. Il poursuit ensuite ses études au Grand Séminaire de Halifax avant d’être ordonné prêtre.

Après quelques années de ministère dans le diocèse d’Edmundston et ailleurs, il sera évêque auxiliaire à Sault Ste-Marie de 1975 à 1984, ayant parmi ses tâches le soin pastoral de la population franco-ontarienne. En 1984, il est installé comme évêque d’Edmundston. Il se consacre à la pastorale vocationnelle, lance un synode diocésain et met sur pied l’école de la foi. Après 10 années de dévouement, il prend sa retraite en continuant de rendre des services dans le diocèse.

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Depuis près de 25 ans, il est résidant à l’Hôtel-Dieu de Saint-Basile. C’est là que je suis allé le rencontrer. Ce matin-là, une mince couche de neige avait blanchi le paysage qui s’offre à lui par la large fenêtre de sa chambre: la vallée du fleuve Saint-Jean avec les montagnes de l’état du Maine en face. Un lieu rêvé pour bercer ses derniers jours. Mais il n’est pas oisif l’évêque émérite.

Il continue de présider l’eucharistie à la chapelle historique de l’Hôtel-Dieu. Il est sollicité pour écrire, sur la vieillesse notamment. Il est aussi soucieux de prendre le pouls de la société avec ses nombreuses lectures. Sur sa table de lecture: le livre de Florence Ott publié cet automne sur l’œuvre des Hospitalières à Tracadie. Dans sa bibliothèque, de nombreux autres ouvrages dont le contenu fait partie de son bagage qu’il nous transmet avec joie.

En évoquant son centenaire, il dit n’avoir jamais pensé se rendre à cet âge. Il est même surpris d’atteindre 100 ans, lui qui avait une santé fragile dans ses années de jeunesse. Plusieurs l’avaient avisé qu’il ne pourrait jamais avoir de grosses responsabilités avec sa santé précaire. Son parcours de vie montre qu’il en fut autrement.

Avec candeur, il affirme: «Ce n’était pas nécessairement mon désir de me rendre à 100 ans, mais je pense bien que je vais m’y rendre». Il n’a rien fait de particulier pour atteindre cet âge: rien de spécial pour ruiner sa santé, mais rien non plus pour la garder à tout prix. Il demeure toutefois actif. L’été dernier, il était encore sur les terrains de golf; il m’a dit avoir joué une trentaine de parties!

Lorsque Mgr Dionne parle de son grand âge, il parle du temps comme un don précieux: ce n’est pas donné à tous de pouvoir bénéficier de tant d’années. C’est un privilège dont il faut profiter sainement. «Le temps est au-dessus de nous, c’est quelque chose qui nous dépasse. Il est comme l’éternité; on vit dedans.» Puisque nous sommes insérés dans le temps à une période précise de l’histoire, nous avons le devoir de l’habiter pleinement.

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Je lui ai demandé de me parler de ses souvenirs du jour de l’an. Que de souvenirs dans cette mémoire vivante d’événements de tout un siècle. Il se souvient des chemins d’hiver enneigés qui isolaient les villages les uns des autres. Seul le chemin de fer (le Témiscouata) reliait les villages. On ne pouvait pas s’aventurer trop loin le jour de l’an. C’était le moment d’échanger des souhaits avec les plus proches voisins.

Alors que Noël était marqué par la dimension religieuse, le jour de l’an était une fête familiale. Le point d’orgue de cette journée était la bénédiction du père. Et pour l’unique fois au cours de l’année, les parents embrassaient leurs enfants. La prière et la tendresse manifestée des parents ont marqué la mémoire du jeune Gérard puisqu’il allait tenter de vivre ces dimensions dans tout son ministère.

Bonne année Mgr Dionne! Et à nos amis de la République du Madawaska qui ont accueilli le Congrès Mondial Acadien en 2014. Que cette année nouvelle qui rassemblera les Acadiens d’ici et de la diaspora lors du 6e Congrès  en soit une de retrouvailles avec les autres et avec soi. Bonne, heureuse et sainte année!