Deux février. Journée de la marmotte. Certains auront des crêpes au menu. Si vous connaissez le folklore, vous savez bien que tous voudront trouver la pièce de monnaie dans la pâte. Personne ne voudra avoir le bout de fil.

En Église, c’est la fête de la présentation de Jésus au temple. Depuis 1997, Jean-Paul II a fait de cette journée un moment de reconnaissance pour la vie consacrée. Pour nous cette année, elle prolonge l’hommage de plusieurs localités pour l’œuvre des religieuses dans leur milieu. J’ai le privilège de vivre cette fête avec les Religieuses Hospitalières de St-Joseph avec qui j’ai partagé quelques méditations au cours des derniers jours.

Mais il y a plus que les Hospitalières qui sont dans ma tête et dans mon cœur aujourd’hui. ll y a toutes celles qui ont croisé ma route et qui ont été des compagnes fidèles en amitié. Il y a aussi celles que je n’ai pas connu, mais dont je devine le labeur et le dévouement en voyant leurs œuvres et en écoutant le témoignage de gens qu’elles ont aidés.

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Au cours de la dernière année, j’ai célébré avec la communauté chrétienne de Robertville les 25 ans de Sr Céline Belliveau. Dans les Maritimes, elle demeure l’une des rares à s’être engagée dans une communauté religieuse au cours du dernier quart de siècle.

Travailleuse sociale de profession, Céline est au service de plusieurs qui ont besoin d’être conseillés et orientés. Présente auprès des jeunes, elle a accompagné un groupe de pèlerins à Taizé en 2015 et en 2017. Elle siège sur le conseil de gestion paroissiale et anime la catéchèse pour enfants. Au sein de sa communauté religieuse, Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, elle est secrétaire générale depuis le dernier chapitre. Là où elle est présente pour les célébrations liturgiques, tous apprécient sa présence comme choriste et instrumentistes.

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Lors de la fête en son honneur, certains ont dit «C’est qui Sœur Céline? Il n’y a personne dans la chorale avec un voile ou un habit religieux.» C’est vrai! mais elle a toujours quelque chose qui la distingue des autres: un pendentif avec l’insigne de sa communauté et une alliance au doigt. Ayant savouré Les confessions de Jeanne de Valois (Antonine Maillet, 1992), qui relate entre autres ce moment où plusieurs religieuses de cette communauté ont choisi de mettre de côté l’habit religieux, je peux comprendre les motivations de ce changement à l’époque.

L’Église a certes besoin de témoignages visibles et éloquents qui brillent comme la lumière du monde. Mais elle a aussi besoin de témoignages de vies enfouies dans la pâte humaine, comme le levain ou le sel, qui transforme le monde de l’intérieur. Sœur Céline fait partie de cette dernière catégorie de religieuses.

Elle est dans la vie comme dans la chorale paroissiale. Elle n’est pas au premier rang. Ne joue pas les premiers violons. Rarement soliste. Elle chante avec les autres en ajoutant sa partition à celle des autres pour l’harmonie de l’ensemble. Elle va chercher profondément en elle un souffle pour le laisser s’échapper dans une petite flûte dont les sons ont le pouvoir de nous faire voyager. Et lorsqu’elle chante seule, c’est souvent pour psalmodier un psaume traduisant notre prière.

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La vie religieuse est comme cet instrument de musique dans les concertos pour flûte de Mozart. J’aime écouter ces concertos qui mettent en valeur le son de la flûte. Dans plusieurs de ces pièces classiques, on entend d’abord une multitude d’instruments: des violons, un piano, une contrebasse, etc. C’est souvent solennel, fort et annonçant un mouvement grandiose.

Et à un moment donné, la voici qui fait son entrée. Discrètement, mais en faisant tourner les regards. D’où vient ce son unique? Aérien, il nous soulève. Doux, il nous repose. Juste, il nous accompagne. La flûte est ce qui avait été annoncé avec éclat. Tout ce tumulte pour annoncer la douce mélodie de la flûte qui apaise et repose.

La vie religieuse interpelle aussi lorsqu’elle entre dans un milieu de vie. Les yeux du cœur cherchent à saisir la grâce de ce don qui soulève le monde, repose l’Église de ses ennuis et accompagne les croyants. Elle est unique; elle apporte une mélodie que personne d’autre ne peut jouer.

On raconte cette anecdote au sujet de Beethoven. Un jour qu’il venait de jouer une nouvelle sonate à un ami, celui-ci lui demanda: «Que signifie-t-elle?» Beethoven se remit au piano et joua la sonate une fois de plus, au complet, sans rien modifier. Il se retourna vers son interlocuteur et dit «Voilà ce qu’elle signifie». Ce genre de réponse est celle qui correspond à la vie consacrée.

Souligner la journée de la vie consacrée ne signifie pas célébrer le passé. C’est davantage vivre cet aujourd’hui où Dieu nous fait signe et être tourné vers l’avenir pour pressentir que Dieu est fidèle à sa promesse d’être avec nous tous les jours… jusqu’à la fin du monde.