Entre beignets et politique!

Faisons un brin d’histoire ce matin. Depuis l’ouverture de la première succursale dans la région de Hamilton en 1964 la chaîne de restaurant Tim Hortons est devenue sans conteste un des plus remarquables symboles de la culture moderne du pays.

Ses quelque 3800 restaurants dans l’ensemble du pays, font maintenant des Canadiens les plus grands buveurs de café au monde et également les plus grands mangeurs de beignes! Quatre-vingts pour cent de tous les cafés vendus au pays sortent de chez Tim. L’expression «double double» est maintenant inscrite dans le dictionnaire Oxford. Il y a au Canada un restaurant Tim Hortons pour chaque 9000 citoyens. Les champions toutes catégories sont les buveurs de café de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick où il y a un établissement pour chaque 6000 habitants.

Au Nouveau-Brunswick, les chiffres sont éloquents. Cent-dix–huit franchises sont répandues sur l’ensemble du territoire. Sauf deux exceptions, il y a au moins un Tim Horton par circonscription dans la province. La grande région de Moncton serait l’une des championnes toutes catégories au Canada avec ses quelque trente restaurants. C’est presque autant qu’Halifax mais avec la moitié moins de la population!

Vous comprendrez alors que ces établissements sont devenus pour la classe politique un baromètre important quand vient le temps de mesurer les états d’âme de leurs électeurs. Presque sans exception, les élus qu’ils soient fédéraux, provinciaux ou municipaux y vont faire leur tour régulièrement question d’y tâter le pouls des citoyens.

Comme politicien, on doit même si rendre quelques fois par jour car la clientèle si nombreuses soit-elle varie tout au cours de la journée. Avant 8h, on y observe les travailleurs, qui eux sont remplacés vers 9h avec les retraités ou les chômeurs.

C’est généralement avec cette clientèle que les discussions risquent de se corser. À la retraite ou encore sans emploi, on est généralement plus critique envers les politiciens et les fausses nouvelles ou les ragots se retrouvent alors sur un terrain de propagation fertile.

Ce qui entre dans l’établissement souvent comme une faible rumeur devient vite pour plusieurs la vérité! Il y a toujours quelqu’un pour répandre une fausseté sous serment. À l’autre bout du restaurant, on s’inquiète du diviseur et quelqu’un trouve un moyen de blâmer les immigrants pour le manque d’emploi. Quand on leur rappelle que la région n’a pas accueilli d’immigrants depuis les boat people, et que ceux-ci dans notre ville seulement ont créé au moins vingt-cinq emplois, on trouve un autre sujet sur lequel on peut rechigner.

Plusieurs politiciens et surtout des politiciennes se refusent de visiter ces lieux, car disent-ils, ils ne sont aucunement représentatifs de la population et qu’ils sont devenus un terreau fertile pour propager parfois des faussetés, parfois des critiques peu constructives.

Si peu de femmes, et très peu de jeunes fréquentent ces lieux, on ne peut contester cependant le rôle important qu’ils jouent dans nos petites communautés. Déroule le rebord!