Ce n’est pas parce que les États antiesclavagistes du nord ont remporté la guerre de Sécession, en 1865 que les tensions raciales se sont évanouies comme par enchantement au pays de l’Oncle Sam. Bien au contraire.

Près de 100 ans après que les troupes de Jefferson Davis aient concédé la victoire à celles d’Abraham Lincoln, il était encore dangereux, pour un Noir, de vivre dans certains États de l’infâme Bible Belt comme l’Alabama, le Mississippi, la Louisiane et le Kentucky.

Tellement que les Noirs des États (plus progressistes) du nord qui voyageaient dans cette région du pays avaient recours à un guide appelé le Green Book. Dans ce petit livre étaient recensé tous les lieux où les gens de couleurs pouvaient se rendre sans crainte de se faire discriminer, invectiver ou attaquer.

C’est de cette tristement célèbre publication que le film Green Book tire son titre. Si le livre en tant que tel y joue un rôle mineur, le contexte dans lequel il a été écrit, lui, occupe toute la place.

Inspiré de faits vécus, le film du réalisateur Peter Farrelly raconte l’histoire de Don Shirley (Mahershala Ali), un des plus grands pianistes de l’histoire des États-Unis. Mais voilà, Shirley est Noir. Et il tient à se rendre dans les États du sud afin d’y offrir une série de concerts.

Afin d’assurer sa sécurité, le musicien embauche Tony Lip (Viggo Mortensen), un Italo-Américain du Bronx qui multiplie les petites combines afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Aveuglé par un paquet de préjugés à l’égard des gens de couleur, Tony fait contre mauvaise fortune bon coeur et accepte le généreux salaire que lui propose Shirley.

Les deux hommes sortiront transformés de ce périple de huit semaines…

Excellent

Green Book est un très bon film. Un excellent même.

Il a remporté le prix du public au récent Festival international du film de Toronto. Il a été cité dans le top-10 2018 de l’American Film Institute (ce n’est pas rien!). Il est aussi en nomination pour cinq prix lors du gala des Golden Globes qui aura lieu dimanche (dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur comédien).

Bref, c’est une valeur sûre qui devrait recevoir sa part de nominations le 22 janvier, lorsque les finalistes aux Oscars seront annoncés.

Zone de confort

Mais qu’est-ce qui fait de Green Book une telle réussite? En toute honnêteté, un paquet de choses. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’il nous sort de notre zone de confort en nous transportant dans un univers totalement inhospitalier.

Les films qui abordent le thème du racisme sont légion à Hollywood. On dirait que, chaque année, deux ou trois sortent du lot et retiennent l’attention. Ceux qui y parviennent traitent la problématique avec doigté et originalité, sans tomber dans le piège des clichés.

Green Book est un de ceux-là. Plutôt que de nous faire voir le pire que le racisme a à offrir (et je vous rappelle qu’à cette époque, le pire portait une robe blanche, une cagoule et un chapeau pointu…), l’oeuvre joue davantage sur la peur et l’indignation.

Autre élément qui nous sort de notre zone de confort: le Noir Shirley est un homme cultivé et condescendant alors que le Blanc Tony est un plouc sans éducation.

Il est ahurissant de voir que Tony, malgré son manque d’érudition et de richesse, est traité avec révérence alors que le pianiste est perçu comme un moins que rien par ceux, qui, quelques minutes plus tôt, l’ovationnaient en raison de ses prouesses musicales.

Contraste

Ali (récipiendaire d’un oscar il y a deux ans pour Moonlight) et Mortensen (dont le grand-père maternel était Néo-Écossais!) sont brillants.

Au-delà du contexte et de la qualité des images, c’est la relation entre leurs personnages qui donne tout son sens au film. C’est avec leurs yeux qu’on découvre la ségrégation et le racisme latent et parfois institutionnalisé qui sévissaient sur les États du sud à cette époque.

Un monde sépare les deux hommes. Et on a droit au classique où deux êtres mal assortis finissent par devenir complices, les bons côtés de l’un (l’humanité de Tony et l’érudition de Shirley) finissant par déteindre sur l’autre.

Mais au-delà de tout ça, Green Book nous livre une formidable morale (de façon marquée, mais bien subtile, je vous l’assure), que pour s’apprécier, que ce soit deux êtres, deux familles ou deux peuples, les gens doivent d’abord apprendre à se connaître.

Un message qu’il importe de rappeler à une époque où les deux solitudes de notre province et de notre pays semblent chaque jour s’éloigner un peu plus…

FICHE TECHNIQUE: GREEN BOOK

  • En bref: Un dur au grand coeur accepte de servir de chauffeur et de protecteur à un talentueux pianiste noir qui effectue une tournée dans le sud des États-Unis.
  • Appréciation: Inspirée fresque historique sur le racisme portée par de brillantes performances, Green Book est un puissant appel à l’ouverture.
  • Version française: Le livre de Green
  • Genre: drame musical historique
  • Réalisateurs: Peter Farrelly
  • Scénario: collectif
  • Avec: Viggo Mortensen, Mahershala Ali et Linda Cardellini
  • Budget: estimé à 23 millions $
  • Durée: 130 minutes
  • Une production des studios: DreamWorks et Amblin Partners
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   5
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:      5
    • Originalité:    4
    • Divertissement:  3
    • Total: 21 sur 25