Le lundi, la semaine est toute fraîche. On fait des plans pour les prochains jours de travail. Quelque chose de neuf commence. Mais pas lundi dernier! C’était même le contraire: quelque chose se terminait et on avait envie de finir la journée pour laisser place à la nouvelle année.

31 décembre 2018. Veille du jour de l’an. Je traverse les plaines de Shippagan et de Lamèque. Le soleil met en valeur les tourbières à perte de vue. Quelle belle scène pour la vie qui se vit ici. À la radio, j’entends les rétrospectives de l’année 2018. Chaque cinq minutes, on parle d’environnement. Je me demande combien de temps encore je pourrai rouler à travers la plaine et apprécier la beauté de ce paysage nordique. Il faudrait se mettre au vélo. Mais aujourd’hui, c’est frette!

Je me rends au salon funéraire pour exprimer à de jeunes parents dévoués et éplorés la solidarité de la communauté chrétienne. C’est bien connu: à partir de la nuit de Noël, les anges sont en feu et ne savent plus où donner de la tête pour annoncer la paix. Leur petite fille, un ange, a battu un peu trop rapidement ses ailes et s’est envolée plus haut qu’à l’accoutumée entre Noël et le jour de l’an.

Ensuite, visite au foyer de soins et à l’hôpital de Lamèque. Comme ça arrive souvent, les rencontres imprévues sont marquantes. J’ai rencontré Yvette qui a déménagé récemment aux résidences et s’efforce d’y faire son nid. Nous avons jasé ensemble. De toutes les personnes rencontrées durant les fêtes, c’est elle qui a le mieux compris les défis de mon propre déménagement. Nous avons fait un pacte : chacun priera pour l’autre lors des difficultés inévitables à l’adaptation dans un nouveau milieu de vie. Me semble que c’est aussi ça la «communion des saints».

En fin d’après-midi, la messe dans une église de la paroisse. L’occasion d’offrir toutes ces rencontres et les efforts de la journée. Mais cette fois, il y a plus encore: déposer sur l’autel tout le travail de l’année avec la confiance que le Maître du chantier achèvera ce qui a été commencé.

Pour terminer la journée, victuailles et rencontres familiales. Il y a longtemps que je n’avais pas pu faire mon porte-à-porte du 31 décembre pour exprimer mes vœux à mes oncles et tantes. Dans leur maison (ou garage), tous attendaient minuit pour manger du hareng. Selon le dicton, si tu en manges aux premières heures de l’an, tu ne manqueras jamais d’argent. Je n’ai pas voulu les désillusionner, mais je pense que plus important encore que le hareng, il y a le développement des talents. Le travail, c’est aussi bon que le hareng pour ne pas manquer d’argent!

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Premier janvier 2019. Jour de l’an. On repart à neuf. À l’aube, la plaine est aussi belle qu’hier matin. Pourtant, tout est différent. La neige tombe abondamment et couvre les étendues de tourbes et de marais sauvages.

L’immensité de ces plages blanches laisse entrevoir le chapitre naissant de nos vies. Chaque année nouvelle est une page blanche à écrire avec l’Auteur de la vie. Ce qui était là hier et qui pouvait nous angoisser (les inquiétudes, les regrets, les projets inachevés) est désormais recouvert par une toison de tendresse.

Cette journée commence avec la messe du jour de l’an. Dans une autre église de la paroisse. Avec quelques fidèles qui ont bravé la tempête.

Se rassembler dans une église aux premières heures de l’année, c’est montrer Dieu comme le premier à être célébré. Confier 2019 à un petit Enfant dans une crèche, c’est dire que l’année nouvelle est comme un nouveau-né qui vient vers nous: nous ne connaissons pas précisément son avenir. Nous sommes invités à lui ouvrir les bras pour l’accueillir. La nouveauté bouleverse. Elle peut aussi faire tant de bien.

Ensuite, repas familial chez ma sœur. Chaque rencontre de famille est unique. Celle du jour de l’an l’est aussi. Pour souligner le passage du temps, on fait passer les traditions d’une génération à l’autre. Nous avons gardé de mes aïeux brayons le rituel de la bénédiction du jour de l’an. C’est si vrai que les rites nous lie les uns aux autres. Même aux membres absents de nos familles.

Après le repas, visite au salon funéraire. Hier, c’était un enfant qui avait été arraché de son berceau. Aujourd’hui, un aîné marche avec espérance vers son tombeau. Sa famille est sa bénédiction du jour de l’an. Sans parole, chacun exprime le bien que le père a fait et qu’il continue de faire.

Enfin, visite à l’hôpital et au foyer de soins de Tracadie. Pour souhaiter la bonne année à des amis. Et pour la bénédiction. Pas seulement celle que je donne. Mais surtout celle que je reçois de chacun qui me fait le cadeau de l’accueil et de la joie d’une rencontre réconfortante.

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Qui a pu dire que le 1er janvier, tout était nouveau? D’une année à l’autre, les jours se ressemblent. Pour ce qui a visiblement changé entre le 31 décembre 2018 et le 1er janvier 2019, c’est la météo qui s’en est chargée. Le ciel a renouvelé le paysage en prodiguant de la blancheur. Et nous? Nous pouvons changer notre regard sur la vie. Ainsi, tout sera renouvelé. Sur la terre comme au ciel.

Que souhaiter? Du blanc. Beaucoup de blanc! Pour que nous puissions y mettre de la couleur. Nos couleurs! Bonne année coloriée! n