La télévision traditionnelle a encore une fois perdu du terrain au profit des services de diffusion en continu en 2018. L’occasion est donc belle pour revenir sur les séries présentées en ligne qui ont le plus retenu l’attention au cours des 12 derniers mois.

Je tiens tout d’abord à apporter une précision importante: mon travail de chroniqueur télé ne constitue pas un emploi à temps plein!

Je travaille dans l’ombre à l’Acadie Nouvelle à titre de responsable de contenu, en plus de signer la chronique Au grand écran.

Tout ça pour dire qu’il m’est humainement impossible de voir toutes les exclusivités produites par Netflix, Amazon, Hulu et HBO. Comme vous, mon temps est limité et je dois faire des choix.

Par exemple, je n’ai pas écouté la suite de The Handmaid’s Tale cette année. Pas plus que Big Little Lies ou Sharp Objects. Ces trois séries ont charmé la critique. Mais vous ne les retrouverez pourtant pas dans ce palmarès.

Mon classement n’a donc pas la prétention d’être parfait ou complet. Et vous verrez qu’il est largement dominé par du contenu diffusé sur Netflix (de très loin le service le plus populaire au Canada).

Qu’à cela ne tienne! Ce petit palmarès n’en est pas moins futile s’il vous donne le goût de voir ou de revoir ne serait-ce qu’une seule de ces excellentes séries.

1) The Sinner (Netflix et Amazon)

J’ai volontairement consommé cette série à petites doses, étirant les huit épisodes sur près d’un mois, question de faire durer le plaisir. Jessica Biel y est brillante dans le rôle d’une femme qui assassine sans raison apparente un homme sur une plage. Bill Pullman est tout aussi bon alors qu’il incarne le détective chargé de comprendre les raisons derrière l’homicide. Une série parfaitement bouclée (c’est rare de nos jours) qui approfondit les conséquences d’un traumatisme. À voir pour l’ambiance et la finesse du scénario.

2) Bodyguard (Netflix)

Ce qui m’a particulièrement plu avec cette série, c’est qu’elle joue au chat et à la souris avec son auditoire. Les scénaristes nous font miroiter un événement tragique pendant de longues minutes, le spectateur se dit qu’ils n’oseront pas passer à l’acte et que le héros va sauver la situation… jusqu’à ce qu’on assiste à l’irréparable. Au-delà de ce petit plaisir coupable, Bodyguard nous offre de très bonnes performances, un scénario bien ficelé et une cinématographie irréprochable.

3) Le chalet (exclusivité Netflix)

Un groupe d’amis d’enfance se retrouve dans une région reculée des Alpes pour le mariage d’un des leurs. Mais un ébouli les coupe du reste du monde. Et les morts non naturelles se multiplient… Voilà une série qui nous fait travailler les méninges. Tout d’abord parce qu’elle se déroule sur trois lignes de temps. Mais, aussi, parce qu’elle nous oblige non seulement à réfléchir à qui commet les meurtres, mais pourquoi et comment! La finale, sans être percutante, nous force aussi à réévaluer l’opinion que nous nous étions forgée de chacun des personnages.

4) Homecoming (Exclusivité Amazon)

Comme série hors norme, difficile de faire mieux. Tout d’abord, l’ambiance inconfortable, très années 1980, créées par le réalisateur Sam Esmail. Il y a aussi le mystère entourant un centre d’aide aux anciens combattants qui met beaucoup de temps à se mettre en place. Et enfin, la présence au générique de Julia Roberts, peut-être la plus grande vedette à avoir joué jusqu’ici dans une série réservée au web.

5) Jack Ryan (Exclusivité Amazon)

Je ne suis jamais tombé sous le charme des nombreux films mettant en vedette le célèbre espion américain créé par le romancier Tom Clancy. Cette série, qui rappelle Homeland et Zero Dark Thirty, est toutefois un véritable bijou. Les images sont du calibre d’un blockbuster hollywoodien, tout comme le jeu de John Krasinski, dans le rôle d’un agent qui n’a (à ma grande joie!) rien d’un superhéros.

6) Safe (Netflix)

Le mot qui définit le mieux cette série britannique est «mystères». Au pluriel. L’idéateur de la brillante série The Five, l’écrivain Harlan Coben, nous offre une autre série où tout est louche dans laquelle le comédien Michael C. Hall tente de retrouver sa fille après que le petit ami de celle-ci ait été assassiné. Une enquête dangereuse qui lui permettra de découvrir qu’il connaissait très mal sa défunte femme… Une série qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.

7) Imposters (Netflix)

Une jeune femme est passée maître dans l’art de séduire de riches célibataires, de les marier en vitesse et de disparaître avec leur argent. Sa vie deviendra toutefois un cauchemar quand trois de ses anciennes victimes uniront leurs efforts pour tenter d’exposer ses arnaques. Cette série n’a pas la finesse des autres mentionnées plus haut. Elle compense toutefois grâce à un humour noir et un certain sens de l’autodérision. Si The Sinner est une pince de homard, Imposters est une bonne portion de coques frites qu’on consomme sans gêne en se délectant!

8) Alias Grace (Netflix)

L’antithèse de Imposters. Dans cette série canadienne, qui raconte l’histoire d’une jeune immigrante irlandaise accusée du meurtre de deux Torontois au 19e siècle, tout ou presque est laissé à l’interprétation. Le symbolisme et les métaphores y occupent une très grande place – pas surprenant quand on sait qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman de Margaret Atwood. La réalisation de Sarah Polley frôle la perfection, tout comme le jeu de Sarah Gadon.

9) La Forêt (Netflix)

Mettant en vedette la Québécoise Suzanne Clément, cette série française de six épisodes raconte l’histoire d’un petit village des Ardennes qui est frappé par une vague de disparitions. Sans être aussi intense et accrocheuse que Le Chalet, La Forêt offre quand même un solide scénario, un mystère bien ficelé et des performances intéressantes (notamment de Clément et d’Alexia Barlier). Elle manque de subtilité par moment, mais elle a le mérite de nous tenir en haleine jusqu’à la fin.

10) Castle Rock (Hulu)

J’ai grandi avec les écrits de Stephen King. Cette série était donc un incontournable pour moi, puisqu’elle nous transporte dans les coulisses de Castle Rock, la ville la plus hantée des États-Unis. Si le style du maître de l’horreur est respecté (grâce à une bonne dose de fantastique et de symbolisme), j’aurais aimé que les allusions à l’oeuvre de King soient plus nombreuses. Un divertissement hautement cérébral qui ne vous offre pas toutes les réponses (pour le meilleur et pour le pire…).