Un nouveau mode de scrutin?

Une comparaison entre les résultats des élections au Nouveau-Brunswick avec celles au Québec nous permet de constater que notre mode de scrutin majoritaire a, dans les deux cas, favorisé les grands partis au détriment des plus petits. C’est toutefois au Québec que le parti ayant obtenu le plus d’appuis a réussi à obtenir une majorité de sièges.

La CAQ, avec 37.4% des suffrages, a fait élire 74 de ses candidats, soit 59.2% des sièges de l’Assemblée nationale. Par contre, au Nouveau-Brunswick, le Parti libéral, avec 37.8% des votes, a pu obtenir 42.8% des sièges alors que le Parti progressiste-conservateur avec 31.9% des suffrages s’est vu octroyer 44.8% des sièges de l’Assemblée législative.

Tant au Nouveau-Brunswick qu’au Québec, les petits partis politiques ont fait élire moins de candidats que le pourcentage de votes reçus. De plus, notre mode de scrutin majoritaire ne permet pas d’avoir une chambre réellement représentative des divers courants politiques.

Tous les partis politiques au Québec, sauf les libéraux, sont en faveur d’un changement du mode de scrutin pour l’élection de leurs députés. Pendant la campagne électorale, le chef de la CAQ, François Legault, a même déclaré qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un référendum afin d’adopter un mode de scrutin davantage proportionnel.

Le gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord avait mis sur pied, en 2002, la Commission sur la démocratie législative. Dans son rapport de 2004, celle-ci avait recommandé l’adoption d’un nouveau mode de scrutin plus proportionnel. Le premier ministre Lord avait promis, dans un prochain mandat, de tenir un référendum à ce sujet. Toutefois, les libéraux de Shawn Graham ont pris le pouvoir en 2006 et le projet de réforme électorale a été mis sur les tablettes.

On peut rappeler que, lors des élections de 2015, Justin Trudeau avait promis de mettre en place un nouveau mode de scrutin pour élire les députés à la Chambre des Communes. Après avoir nommé une ministre responsable de ce dossier, celui-ci devait soudainement changer d’idée et renoncer à sa promesse.

Le gouvernement minoritaire NPD, au pouvoir en Colombie-Britannique, avec l’appui du Parti vert, a tenu un référendum pour savoir si la population de cette province souhaite maintenir le mode de scrutin majoritaire actuel ou opter pour un scrutin proportionnel. Pour la troisième fois, la population a voté en faveur du maintien du scrutin majoritaire.

De tous les projets de changement de notre mode de scrutin majoritaire, celui du Québec est le plus réalisable, si le nouveau premier ministre du Québec, François Legault, tient son engagement électoral. Toutefois, la CAQ semble avoir découvert les vertus du système électoral actuel qui lui permet de gouverner de manière majoritaire, sans avoir obtenu la majorité des votes. Dans son discours inaugural, le premier ministre Legault a indiqué que la réforme du mode de scrutin «nécessite un consensus politique» – sous-entendu l’accord des libéraux. Avec cette volte-face, le gouvernement Legault pourrait tout comme le PQ, en 1976, renoncer à son projet de réforme électorale.