Caraquet île grecque, prise 2

Dimanche, début de soirée, le vent se déchaîne. Ma bâtisse craque de partout, j’entends toutes les vis qui manquent et je revois les implorations de John Cassavetes dans La Tempête (1982) de Shakespeare.

Heureusement, j’avais évoqué la tempête dans mon papier précédent. Une île grecque n’est pas seulement paradisiaque, mais cette image idyllique est la plus répandue chez-nous et correspond en grande partie à celle que j’évoquais.

(Détail plus ou moins utile: mon premier livre trouva à s’intituler Sans jamais parler du vent. Le vent en question était de ceux qui déchainent les mers. De ce vent-là, semblais-je croire, il ne fallait pas parler.)

L’automne dernier, le jour où les deux ouvriers finissaient leurs travaux chez moi, un petit moment s’est ouvert et, comme par amitié, je leur ai confié que j’avais récemment découvert que j’étais/suis une personne transgenre.

– «Bein là! Comment-ce qu’on fait pour savoir ça?»

C’est la question la plus logique qui soit. Dans mon cas, je ne réussissais pas à lire la photo. C’est en regardant le négatif que des densités autres sont apparues. En photo, le positif et le négatif ne sont ni bons ni mauvais, ils sont complémentaires, voire féconds à présenter une réalité différemment. Affirmer que Caraquet est une île grecque procède de la même opération.

Cette opération, ce dénouement, j’y suis parvenue grâce à un accompagnement thérapeutique de nature psychanalytique. Et c’est où je voulais en venir: nous avons à Moncton, depuis quelques années seulement, une personne habilitée d’un regard, d’une écoute et d’une science dont l’Acadie a été en grande partie privée pendant plus d’un siècle. Nous accusons un réel retard, je pense. Quelques psychanalystes de plus ne nous feraient pas de tort.

Car île grecque ou pas, une tempête météorologique se vit nettement mieux quand, à l’intérieur de soi, il n’y a pas une autre tempête qui prend un malin plaisir à multiplier les vertiges.

Nous nous demandons parfois comment outiller les enfants à faire face au monde qui les attends. Le connais-toi toi-même de Socrate est un bon point de départ.