C’est une expérience qui peut être marquante dans une vie: se retrouver dans une chapelle, seul avec soi-même. Au cœur de l’hiver, la chaleur intérieure contraste avec le vent froid sifflant à travers les ouvertures. Le soleil envoie ses rayons et éclaire jusqu’à l’intime le cœur humain.

Qui a connu le réconfort d’une chapelle cherche à revivre cette expérience d’être dans un lieu habité d’une présence. C’est enveloppant. Autant qu’une tempête de neige. C’est ressourçant. Comme une journée de congé d’hiver.

L’étymologie du mot «chapelle» nous en apprend sur la spécificité de ce lieu. C’est un endroit qui rappelle la charité. Il évoque la chaleur. Il dit la nécessité de compter pour quelqu’un.

On peut faire remonter l’origine des chapelles à Martin de Tours. La renommée de ce saint est immense en France; le nombre élevé de villages qui porte son nom en témoigne. Cet évêque, d’abord militaire, vécut au 4e siècle. Un soir d’hiver, en faisant son tour de garde, il aperçoit un mendiant gisant de froid. Il prend son épée et coupe sa cape en deux pour revêtir le pauvre de la moitié qu’il vient de couper.

Dès la mort de Martin, des peintres et des sculpteurs l’ont représenté coupant son manteau pour habiller un pauvre. Ses contemporains savaient qu’ils avaient connu un saint. Certains ont voulu récupérer la moitié de son manteau qui avait couvert l’homme nu. Ayant trouvé ce manteau (capella en latin), ils l’ont placé dans un lieu qui reçut le nom de «capella». À l’origine, la chapelle était l’endroit qui abritait la chape de Martin; elle commémorait un geste de bonté envers un itinérant.

Une chapelle, c’est un lieu qui évoque la charité. C’est un lieu qui inspire des gestes de charité. C’est un lieu qui enveloppe comme un manteau. Un lieu qui réchauffe de l’intérieur.

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À la suite de la belle tempête de janvier, je suis allé marcher dans la forêt. Les arbres, avec leurs hautes cimes et leurs branches se prenant par la main, m’ont réconforté et enveloppé. À la manière des colonnes et des murs d’une chapelle. Gaudi avait raison de prendre les arbres comme les fondements de la Sagrada Familia. Nos églises, nos temples et nos chapelles essaient de reproduire (souvent partiellement) ces lieux d’intériorité naturelle fournis par la nature.

L’hiver est devenu ma chapelle de janvier. Dehors, j’ai prié. Et retrouvé des forces neuves. En rentrant au presbytère, je suis monté à l’étage dans une pièce où les branches des arbres se donnent en parure. C’est là que j’ai installé une icône, allumé un cierge et déposé un livre pour la prière. C’est ma chapelle du quotidien.

Le jour de la tempête, j’ai téléphoné à un ami au loin. Je lui ai parlé du bouleversement lié à mon déménagement; il m’a parlé de la monotonie de sa routine. Je lui ai parlé du calme apportée par la tempête de neige; il m’a parlé de ses tempêtes quotidiennes pour concilier famille et travail. C’est lui qui m’a dit que l’autobus qu’il prend chaque matin est devenu sa chapelle, le lieu et le moment de son repos. J’ai trouvé l’expression belle… au point de m’inspirer cette chronique.

À chacun sa chapelle. À chacun de la trouver. Cela devient encore plus impérieux alors qu’il est de plus en plus difficile de trouver une église ouverte, accueillante et chaleureuse dans l’hiver de l’Église.

Cette semaine…

Écouté les lieder de Schubert pendant la tempête de neige. Surtout ses poèmes d’hiver. Certains interprété par des chapelles. Parce que la chapelle ne désigne pas qu’un espace architectural, c’est aussi un espace culturel sous la forme de chapelles musicales pour nourrir et élever les âmes. Sublime qu’un seul mot réussisse à définir l’architecture et la musique à leur meilleur!

Médité lundi dernier, au cœur de la tempête, la lettre de saint Ignace à l’Office des Lectures: «Rien n’échappe au Seigneur et jusqu’à nos secrets sont près de lui. Faisons donc toutes choses en pensant qu’il habite en nous, au point que nous sommes ses temples.»

Préparé la liturgie de ce dimanche dans laquelle Paul proclame: «Votre corps est le temple de l’Esprit». Le temple du corps est comme une chapelle. Ici, c’est le mystère qui suscite l’intérêt (plus que la valeur des pierres). Ce mystère tenu caché, c’est que le temple est habité et rendu digne uniquement en vertu de Celui qui l’habite. Impossible d’y entrer sans faire silence.

Reçu un courriel d’un lecteur de la chronique commentant la dernière sur les noces. Pour l’hiver, cet ami-lecteur vit sous d’autres cieux. Lui-même utilise l’expression «sanctuaire de Dieu» pour parler de ce qui l’entoure: les gens, la faune, la flore, le vent, le climat, etc. Heureux qui savent entrer dans leur chapelle pour entendre le murmure d’une voix suscitant la paix.

Prié pour les jeunes catholiques qui se retrouvent dans la ville de Panama pour la 34e édition des Journées Mondiales de la Jeunesse. Ces rassemblements gardent leur pertinence lorsqu’ils permettent aux jeunes d’inventer de nouveaux lieux d’intériorité à l’étranger et chez-soi. Il y a des chapelles à trouver pour tout le monde!