Dick Cheney. Le nom vous dit sûrement quelque chose. Dans Vice, le cinéaste Adam McKay fait de ce rusé politicien américain une sorte d’antéchrist des temps modernes.

Le citoyen moyen se souviendra peut-être de Dick Cheney comme du vice-président sous le règne controversé de George W. Bush.

Les plus informés, eux, sauront que c’est lui qui a orchestré l’invasion de l’Irak en utilisant le prétexte des armes de destruction massive.

Ce que bien peu de gens savent, toutefois, c’est que, même s’il travaillait dans l’ombre, Cheney était extrêmement influent.

Beaucoup d’analystes – McKay en tête – croient que l’ancien vice-président a eu un impact considérable sur l’état actuel du monde.

Que ce soit du discours sur les changements climatiques à la lutte au terrorisme en passant par la torture étatisée, le prix du pétrole, la création de Fox News, la prison de Guantanamo et la crise européenne des migrants, Dick Cheney a laissé une empreinte indélébile.

Tout ça en étant, en apparence, le petit chien de poche de George W. Bush…

Un homme sans pouvoir apparent (Cheney l’a dit lui même, «la seule fonction du vice-président est d’attendre que le président meure») peut-il en mener si large dans autant de domaines?

Si on en croit l’analyse de McKay, oui.

Et malgré le ton parfois cabotin du film, le constat est terrifiant.

Calculateur

Né dans le très conservateur État du Nebraska, Dick Cheney était «un étudiant moyen et un athlète médiocre».

Après une carrière sans grande envergure dans différents gouvernements républicains, Cheney accepte de devenir le colistier de George W. Bush.

Conscient de l’inexpérience de Bush et du désir de celui-ci de faire la fierté de son père, Cheney parvient à manipuler le président.

Le calculateur Cheney réussit aussi à placer ses pions aux bons endroits et à obtenir plus de pouvoirs que n’importe quel vice-président avant lui (en matière de défense, d’énergie et de politique étrangère, notamment).

Quand Al-Qaïda frappera l’Amérique au coeur, le 11 septembre 2001, Cheney prendra les choses en main, se transformant du coup en véritable despote.

Des comédiens exceptionnels

La première chose qui démarque Vice, c’est le jeu des comédiens (et le travail de l’équipe de maquilleurs).

Grâce à des prothèses plus vraies que nature, Christian Bale est troublant de vérité dans le rôle de Cheney, qu’il ait 20 ou 70 ans.

Tout dans l’attitude de Bale (le regard de prédateur, la posture, le langage) dégage le calcul, le mépris et la manipulation qui ont fait la marque de commerce de Cheney.

Amy Adams est aussi très bonne dans le rôle de l’épouse idéale. On se demande parfois qui était le plus assoiffé de pouvoir: Cheney ou sa femme…

Habitué des comédies, Steve Carell est étonnamment bon dans son interprétation de Donald Rumsfeld.

Quant à Sam Rockwell, il rend à merveille toute la crédulité et l’ingénuité si particulières à George W. Bush.

Bale, Adams et Rockwell sont d’ailleurs en nomination pour un Oscar en raison de leur travail dans Vice.

Un casse-tête effroyable

Reste que ce qui m’a le plus fasciné avec Vice, c’est son scénario.

Évidemment, le film est un rouage de la machine de propagande démocrate – qui tente de démoniser les républicains. On doit donc en prendre et en laisser dans ce qui est raconté.

Une chose qu’on ne pourra toutefois pas enlever à McKay, c’est l’intelligence avec laquelle il nous force à voir les choses de son point de vue.

Pendant deux heures, il nous lance une quantité phénoménale d’informations qu’on pourrait associer à des morceaux de casse-tête. Petit à petit, le puzzle prend forme et les liens entre les pièces s’établissent dans notre esprit. Jusqu’au dévoilement final du grand portrait, tout simplement brutal.

On se sent comme un animal qui avait sous-estimé la dangerosité du piège et qui se retrouve tout à coup coincé, sans voie de sortie.

Dans les 15 dernières minutes, McKay nous montre Cheney tel qu’il veut qu’on le voie.

C’est fait de façon subtile, sans jamais porter d’accusations. Mais l’utilisation d’images fortes qui, mises en lien avec ce que nous avons appris au cours des 120 minutes précédentes, font apparaître l’évidence: Dick Cheney est un monstre assoifé de pouvoir qui a imposé ses points de vue rétrogrades au reste du monde au prix de dizaines de milliers de vies humaines.

De là, faire le lien avec Donald Trump devient facile. Et ça donne froid dans le dos…

FICHE TECHNIQUE: VICE

  • En bref: Dick Cheney a disposé de plus de pouvoirs qu’aucun autre vice-président dans l’histoire des États-Unis. Son règne a laissé une trace indélibile sur l’état actuel du monde.
  • Appréciation: Même si on doit en prendre et en laisser, Vice dresse un portrait aussi brillant que provocant d’un des politiciens de l’ombre les plus influents de notre époque.
  • Version française: Vice
  • Genre: comédie biographique
  • Réalisateur: Adam McKay
  • Scénario: Adam McKay
  • Avec: Christian Bale, Amy Adams et Steve Carell
  • Budget: estimé à 60 millions $
  • Durée: 132 minutes
  • Une production des studios: Annapurna Pictures
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   5
    • Qualités visuelles:      3
    • Jeu des comédiens:      5
    • Originalité:    4
    • Divertissement:     4
    • Total: 21 sur 25

Le meilleur de Christian Bale

  • Vice (2018)
  • The Big Short (2016)
  • American Hustle (2014)
  • The Fighter (2011)
  • The Dark Knight (2009)
  • The Prestige (2007)
  • The Machinist (2005)
  • American Psycho (2001)