Quand le gouvernement Higgs se rattrape

Le chef du Parti progressiste-conservateur vient de réaliser que c’est une chose d’être dans l’opposition et une autre de gouverner.

Dans le feu de l’action de la dernière campagne électorale, Blaine Higgs ne voyait pas l’intérêt de respecter la décision du gouvernement de Brian Gallant de faire réviser par les tribunaux une décision d’un arbitre concernant l’embauche des ambulanciers. Pour l’arbitre, c’est la convention collective et l’application de l’ancienneté qui devaient primer sur l’obligation de respecter la Loi sur les langues officielles et la Charte des droits et des libertés.

Une fois au pouvoir le gouvernement de Blaine Higgs devait faire une première volte-face en acceptant la révision judiciaire voulue par le gouvernement précédent. Toutefois, le ministre de la Santé, Ted Flemming, devait jeter un pavé dans la marre avant Noël, lorsqu’il a affirmé que la décision controversée de l’arbitre allait être appliquée et qu’il n’avait pas l’intention de respecter la décision des juges dans ce dossier.

Ce comportement méprisant, de la part d’un ancien ministre de la Justice et d’un membre du Barreau du Nouveau-Brunswick, depuis une quarantaine d’années, à l’endroit du respect de la règle de droit, a semé la zizanie dans la population et dans le gouvernement de Blaine Higgs. Le vice-premier ministre, Robert Gauvin, a dû intervenir auprès du premier ministre pour qu’il rappelle à l’ordre son bouillant ministre de la Santé.

Blaine Higgs a dit haut et fort que son gouvernement n’était pas au-dessus des lois et qu’il allait respecter les décisions des tribunaux. Cette intervention ferme du premier ministre a convaincu Robert Gauvin de ne pas quitter le navire progressiste-conservateur, menacé d’un naufrage. En plus d’être une atteinte à la paix sociale et à l’harmonie dans cette province, le refus de respecter les droits linguistiques des francophones aurait alimenté les tensions politiques.

Le Parti progressiste-conservateur, en reniant l’apport de son ancien chef, Richard Hatfield, aurait fait reculer la province d’une cinquantaine d’années. Le clivage entre francophones et anglophones serait remonté à la surface. Le Nouveau-Brunswick, qui est aux prises avec de nombreux défis concernant le vieillissement de sa population et de sa dette galopante, ne peut pas se permettre le luxe d’une guerre linguistique.

Les deux principaux partis politiques, que sont les libéraux et les progressistes-conservateurs, doivent être des véhicules rassembleurs. Contrairement à d’autres pays dans le monde, le modèle des partis communautaires a été rejeté dans cette province. Les dernières élections nous ont montré que c’est un défi permanent de réunir, dans les mêmes partis politiques, les deux communautés linguistiques.

En cette année du 50e anniversaire de l’adoption de la première Loi sur les langues officielles par le gouvernement libéral de Louis Robichaud, renouvelée en profondeur en 2002 par le gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord, les énergies devraient être déployées pour propulser la province vers l’avenir et non vers un retour dans le passé.

Fondé par les loyalistes en 1784, le Nouveau-Brunswick doit pleinement respecter ses deux communautés linguistiques.