L’art de la manipulation

Un jour, dans une classe de communication, pour enseigner comment se débarrasser d’un problème gênant, on se servira de la magistrale manœuvre du premier ministre Blaine Higgs pour annuler les Jeux de la Francophonie 2021.

Simple comme bonjour, vraiment: d’abord, la fuite de renseignements entourant le budget des Jeux. Des documents, il faut le noter, confidentiels parce qu’ils devaient servir de base à des négociations avec les divers partenaires financiers de l’évènement. Compter ensuite sur le fait que les simples montants de 17 millions $ au budget initial et de 130 millions $ pour le budget définitif serviraient de détonateur. S’appuyer sur la certitude que les médias – flairant le scandale – n’iraient pas fouiller plus loin que ces deux montants et concluraient rapidement à la mauvaise gestion. Compter enfin – et c’est ce qui fait le plus mal! – sur la certitude que l’Acadie elle-même se déchirerait sur la question et que bon nombre de ses experts et politicologues seraient trop heureux de crucifier les leurs. Hein Monsieur?

Pendant que ces divers niveaux de manipulations feraient leur travail, bien se garder de chercher quelque solution que ce soit au problème: pas de négociations avec Ottawa ou avec les municipalités, pas question d’explorer d’autres possibilités, scénarios ou budgets. Attendre, tout simplement, qu’arrive la date butoir qu’on a pris soin de fixer en amont du processus. Alors, le jour fatidique arrivé, au nom du «gros bon sens», fort de l’avis des «experts» et devant les divisions au sein même de l’Acadie, se dire «forcé» de tout annuler. Mission accomplie sur toute la ligne!

Les anti-francophones peuvent se réjouir, les anti-libéraux fédéraux aussi. Les Acadiens et Acadiennes eux n’ont qu’à continuer à se déchirer. Je me demande si les médias et les différents porte-voix acadiens, si prompts à condamner, se rendent compte jusqu’à quel point ils ont été manipulés. Magistralement manipulés.

Reste une lancinante question: y a-t-il encore une place pour le Nouveau-Brunswick à la grande table de la Francophonie internationale? Tout le monde sait que la province y siège à cause de l’Acadie et uniquement à cause de l’Acadie. Alors, à voir comment le gouvernement du Nouveau-Brunswick la traite, «le gros bon sens» c’est de poser la question et d’exiger du seul Acadien au gouvernement Higgs qu’il y réponde…