Tout film qui traite du suicide a sa place dans notre société s’il parvient à conscientiser ne serait-ce qu’une personne à l’horreur de ce fléau. Mais encore faut-il qu’on ait envie de voir ledit film jusqu’au bout…

Je ne passerai pas par quatre chemins: la production canado-belge Emma Peeters est un piètre divertissement. Encore pire, elle n’a pas vraiment de mérite artistique ou social.

Dans ce film, Monia Chokri (principalement connue au Canada pour son travail dans Les Amours imaginaires et Laurence Anyways, deux oeuvres de Xavier Dolan) interprète Emma, une jeune trentenaire dont la carrière de comédienne et la vie personnelle font du surplace.

Dans un moment de lucidité, Emma décide qu’elle se suicidera le jour de son 35e anniversaire. Elle a donc une semaine pour préparer son départ, faire ses adieux à ses proches et trouver un nouveau foyer pour son chat.

Dans le cadre de ses préparatifs, Emma fait la connaissance d’Alex, un entrepreneur en pompes funèbres. De cette rencontre naîtra une étrange relation qui mettra enfin un peu de piquant dans la vie d’Emma.

Est-ce que ce renouveau sera suffisant pour empêcher la comédienne déchue de passer à l’acte?

Comédie?

Il faut énormément de doigté pour traiter de la mort en général et du suicide, en particulier dans un film. Encore plus dans une comédie.

Certains y sont parvenus. Pensons à Stephen Chbosky (The Perk of Being a Wallflower), Peter Weir (Dead Poets Society), Sam Mendes (American Beauty), Hal Ashby (Harold and Maude), Mike Figgis (Leaving Las Vegas) et Martin McDonagh (In Bruges).

Dans le cas de Nicole Palo, on ne peut pas dire que c’est mission accomplie. Pas que son film manque de goût ou de délicatesse. Non, ce qu’il manque, c’est d’émotions.

À l’instar de son personnage principal, Emma Peeters est d’un beige olympique.

On ne parvient pas à s’attacher à Emma, une femme dépourvue de joie de vivre et d’entregent, dont les raisons pour se suicider nous semblent totalement disproportionnées par rapport à la gravité et la fatalité du geste.

Le fait que le film soit une comédie qui ne fait pas du tout rire n’aide en rien. À moins que ce soit moi qui suis totalement imperméable à l’humour belge – un type de comédie qui, visiblement, passe par le non-dit, l’ironie, la maladresse et la mélancolie…

Emma Peeters ne nous offre pas non plus une réflexion très approfondie sur le suicide. Je dirais même que l’oeuvre banalise cet acte qui tue encore dix Canadiens chaque jour.

On ne fait que suivre Emma pendant une semaine alors qu’elle prépare son suicide et qu’une série d’événements soit-disant cocasses  surviennent.

J’imagine que l’objectif était de rendre le spectateur mal à l’aise (en le forçant à rire dans un contexte lourd), mais force est de constater que ça ne fonctionne tout simplement pas.

La fin est de son côté prévisible, banale et, surtout, nous fait paraître les visées suicidaires d’Emma encore moins crédibles…

En fait, le cynique en moi croit que Mme Palo a dévoilé sa stratégie d’écriture quand, dans une scène, un personnage affirme au sujet d’un insignifiant feuilleton télévisé: «Plus c’est bête et plus ça me divertit».

Disons que Téléfilm Canada a déjà investi les dollars des contribuables canadiens dans des projets beaucoup plus inspirés…

BlacKkKlansman: à voir

Dans ma préparation pour la soirée des Oscars (du 24 février), j’ai vu BlacKkKlansman, cette semaine.

L’oeuvre, qui est en nomination pour six statuettes, dont celle du meilleur film – est passé en coup de vent sur nos écrans en août.

L’oeuvre est maintenant disponible en ligne et, qui sait, pourrait peut-être être rediffusée dans certaines salles d’ici le 24 février.

Tout ça pour dire que ce film du controversé réalisateur Spike Lee mérite d’être vu, autant pour ses mérites artistiques que sa portée sociale.

L’oeuvre raconte l’histoire (que l’on dit vraie) d’un policier noir de Colorado Spring, au début des années 1970, qui est parvenu à «infiltrer» le Ku Klux Klan.

Pendant que l’agent noir (interprété avec beaucoup de brio par John David Washington) établissait des contacts au téléphone, un de ses collègues blancs (Adam Driver, brillant) assistait aux réunions du KKK.

Lee, un des cinéastes les plus revendicateurs de notre époque, nous transporte donc dans les coulisses de cette horrible organisation.

Le voyage est troublant. La haine viscérale que vouent ces Blancs aux Juifs et aux Noirs est tout simplement révoltante.

Évidemment, la supercherie des policiers ne dure pas éternellement et leur vie devient en danger à mesure que les violents membres du Klan réalisent qu’ils sont infiltrés.

J’aurais aimé beaucoup plus de tension à ce moment.

Un bien petit péché quand on considère la recherche et les efforts qui ont été déployés pour recréer fidèlement (on l’espère) les tensions raciales de l’époque.

À voir, ne serait-ce que pour s’indigner et pour ressentir la pétulance qui caractérise si bien le cinéma afro-américain des années 1970.

FICHE TECHNIQUE: EMMA PEETERS

  • En bref: À une semaine de fêter ses 35 ans, une comédienne dont la carrière et la vie personnelle font du surplace, décide qu’elle se suicidera le jour de son anniversaire.
  • Appréciation: Monia Chokri donne tout ce qu’elle a, mais elle ne peut sauver une prétendue comédie dont le personnage principal est tout sauf attachant.
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisatrice: Nicole Palo
  • Scénario: Nicole Palo
  • Avec: Monia Chokri et Fabrice Adde
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 90 minutes
  • Une production des studios: Possibles Média et Take Five
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:  2
    • Qualités visuelles:  3
    • Jeu des comédiens:  3
    • Originalité:  2
    • Divertissement:  1
    • Total: 11 sur 25