Et si on réfléchissait un peu?

On a tellement le nez collé sur nos bancs de neige qu’on en oublie que la planète a d’autres chats à fouetter. Faut dire qu’on la maltraite joliment avec nos émissions de gaz, nos cochonneries industrielles, nos Himalayas de déchets.

Dans certains coins du globe, des gens vivent littéralement SUR des dépotoirs, dans de misérables réduits. Un peu comme la pêche à l’éplan, sauf qu’ils sont installés sur des tas de merde et fouillent dedans pour trouver quelque chose à récupérer et à vendre à vil prix. Inspirant.

Dans l’île de Bornéo on a livré des forêts entières au pillage des producteurs de bois, pour s’y consacrer ensuite à la culture de l’huile de palme, si décriée, et que des industries ajoutent à certains produits, dans le seul but de nous rendre heureux, évidemment. N’est-ce pas la raison d’être des multinationales?

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On pourrait écrire des centaines de chroniques sur les abus que l’humain impose à sa planète. Je l’ai déjà dit: la Terre EST le «paradis terrestre», et nous en sommes les jardiniers incompétents, insouciants, inconséquents. Notre civilisation est criminelle.

Et les générations du futur lointain, si elles finissent par naître, sauront traiter notre «mémoire» avec le mépris qui s’impose. On a beau faire nos mignons dans moult documentaires où la caméra zoome sur douze personnes nettoyant laborieusement une plage polluée de vingt kilomètres, ça ne suffira pas aux générations futures à nous accorder un pardon que nous ne méritons pas.

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Autre sujet de ravissement planétaire: le bordel politique actuel. On est peut-être plus informé que jamais de ce qui se passe, mais est-on mieux informé?

Certes, comparativement à d’autres périodes sombres de l’histoire, la démocratie est plus visible à notre époque. Ce qui n’exclut nullement, comme en font foi les manchettes médiatiques, que des dictateurs et autres escrocs politiques régentent de grands pans de l’humanité, en la maintenant dans l’abjection et la misère, en lui enlevant sa dignité et sa liberté.

S’il y eut sur terre, jadis et naguère, des esprits éclairés habités d’une grande sagesse, d’une grande lumière qui irradiait et aidait l’humanité à éviter le pire, tels que les Socrate, Jésus, Bouddha, Confucius, Rousseau, Jean XXIII, l’abbé Pierre, Mandela et compagnie, ce n’est plus tellement le cas de nos jours. À l’exception notable du pape François et du Dalaï Lama, quelle grande figure peut légitimement prétendre donner le LA de notre temps? Quel leader politique pourrait s’imposer comme lumière sur le monde?

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Certainement pas le bouffon qui humilie son pays chaque jour, de l’autre côté de la frontière canadienne. Et pas Trudeau qui gouverne trop en dilettante. Et pas Macron, trop empêtré dans son image de président pour les riches. Et pas cette infortunée Theresa May, embourbée dans la quadrature du cercle d’un Brexit surréaliste. Et ni l’Italie, ni l’Espagne, encore moins l’Autriche et la Hongrie. Ni Poutine, filou dictateur manipulant l’opinion publique internationale via ses pirates informatiques sans foi ni loi. Rien en Afrique, non plus qu’en Asie.

Dieu merci, des âmes bien nées, à l’instar des Lucille Teasdale, Sœur Emmanuelle, ou Rigoberta Menchú tentent vaillamment, souvent dans l’anonymat et le silence, de sauver l’humanité malgré elle. Y parviendront-elles?

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Ne nous leurrons pas. L’humanité marche sur le fil d’une lame de rasoir.

Certes, il ne s’agit pas de remplacer l’optimisme par le pessimisme, ou l’espoir par le désespoir. Il ne s’agit pas de ne plus croire en nous; nous, les humains, qui créons encore, malgré tout ça, la vie sur cette planète.

Mais il s’agit de prendre acte que nous étirons l’élastique depuis très longtemps déjà et qu’à moins que nous cessions de l’étirer, il finira bien par péter un jour. Funeste, n’en doutons pas.

Que faire? Que faire?

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Outre l’apprentissage des rudiments de l’informatique afin de ne pas devenir les analphabètes du troisième millénaire, il nous faut parallèlement revenir à l’essentiel: l’esprit, l’ouverture d’esprit, la réflexion et le nécessaire discernement qui doit résulter de l’activité intellectuelle.

Certes, il est possiblement plus excitant de parler de chasse, de Superbowl et de hockey que des objurgations sur la transmission culturelle d’Alain Finkielkraut ou des admonestations anticapitalistes de Michel Onfray. Mais les deux ne sont pas incompatibles!

Ce qui semble les rendre incompatibles, c’est le fait que nous méprisons la vie intellectuelle, que nous lui préférons bêtement le pain et les jeux, panem et circenses, comme disaient les Romains. On veut s’amuser!

Mais on a oublié qu’on peut aussi s’amuser à réfléchir! Parce que le cerveau n’est pas juste une bébelle à jouissance, c’est aussi une bébelle à conscience!

À nous d’y… réfléchir!

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JEUX DE LA FRANCOPHONIE

Parlant de jeux, je tiens à faire amende honorable au comité organisateur des Jeux de la Francophonie.

Depuis quelques semaines, on a pas mal écrit tout et son contraire au sujet du fiasco des Jeux. Et tout le monde s’est mis à blâmer tout le monde pour cet échec.

On a blâmé les gouvernements. Et on a également blâmé le comité organisateur pour son silence et ces revirements de coûts, y voyant une marque absolue d’incompétence.

J’en avais moi-même conclu ainsi jusqu’à ce que des sources bien informées aient l’obligeance de me tracer, sur le mode confidentiel, un portrait plutôt clair et précis des longues et pénibles tractations qui eurent lieu à l’interne.

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Finalement, ce n’est pas tant l’incompétence qui joue ici que les conditions de travail. J’ai appris qu’il était formellement interdit au comité d’organisation de parler de quoi que ce soit sur la place publique. Et qu’il lui était aussi intimé de tripoter le cube Rubik des coûts pour satisfaire deux échelons de gouvernement apparemment incapables de négocier entre eux.

Ce qui explique à la fois le silence des membres et les modulations radicales des coûts. Empêché de se défendre, le comité a malheureusement paru incompétent. Quel bazar!

Force est d’admettre que la transparence n’était pas au rendez-vous; et lorsque les gens sont tenus dans le noir, l’imaginaire prend le dessus! CQFD.

Han, Madame?