Bravo!

J’ai toujours eu beaucoup de respect et d’admiration pour Bernard Richard, mais jamais autant que la semaine dernière quand j’ai su qu’il allait racheter le Moniteur Acadien!

Je m’étais résignée à ce que ce petit journal, fondé en 1867 par Israël Landry, disparaisse.

Les raisons de s’y résigner étaient nombreuses: d’abord, on pouvait comprendre son propriétaire, Gilles Haché, de vouloir s’en départir après 20 ans de travail. On pouvait ensuite deviner qu’un tel journal communautaire, avec quelques milliers d’abonnés seulement, n’était pas un investissement productif pour quiconque et donc, on voyait mal qui pourrait vouloir y engloutir son énergie et ses économies.

Toutes ces raisons représentaient d’ailleurs – l’expression est à la mode – «le gros bon sens». Et pourtant!

Et pourtant, Bernard Richard (dont le moins qu’on puisse dire c’est que c’est une personne réfléchie et posée) passe outre au gros bon sens et annonce qu’il reprend le journal. Pourquoi? Il l’a dit simplement: «Il me semblait impensable de laisser mourir un journal qui a été fondé en 1867. Le Moniteur Acadien est un outil qu’on ne pouvait tout simplement pas se permettre de perdre.»

Autrement dit (il est bien trop modeste pour le dire), parce qu’il était en mesure de l’acheter et que sa conscience lui a dit qu’il fallait le faire autant pour respecter notre passé que pour le bien de l’Acadie d’aujourd’hui. Il y a là de quoi réfléchir.

Son geste nous amène à réaliser que le fameux «gros bon sens» dont on chante les louanges à n’en plus finir, mais seulement quand ça nous arrange, a ses limites. Qu’on soit à la tête d’une famille, d’une entreprise, d’un province ou d’un État, on fait face à des choix qui impliquent non seulement le bon sens, mais aussi le sens du devoir, l’obligation de protéger, de soigner, d’éduquer, autant de choses qui coûtent cher et qui n’offrent pas nécessairement un retour sur investissement.

Le geste désintéressé de Bernard Richard nous confronte aussi à une réalité dérangeante: c’est qu’il est bien beau de parler de l’Acadie, de s’enrouler dans le drapeau et de pourfendre ceux et celles qui nous attaquent, encore faut-il, de temps à autres, agir pour elle et en son nom.