Glisser sous le tapis

Lorsque les choses vont mal, certains préféreraient toujours que l’on regarde dans la direction opposée. Nos élus et nos dirigeants nous en ont donné quelques beaux exemples récemment.

La semaine dernière, en comité parlementaire, le député Andrew Harvey a cru bon de blâmer les médias lors de la comparution d’Opportunités NB. L’agence de développement économique devrait consacrer davantage d’efforts à promouvoir ses succès, a-t-il proposé, parce qu’à en croire la couverture négative des journaux, rien ne va plus dans cette province.

Le président néo-brunswickois de Services de santé Medavie, Richard Losier, trouve aussi que les médias ne lésinent pas sur les mauvaises nouvelles. Heureusement, les jeunes s’intéressent toujours à la profession de travailleur paramédical malgré la couverture négative au sujet du système, s’est-il réjoui cette semaine devant le même comité.

Jeudi, à la lecture du rapport accablant de l’ombud sur le Centre hospitalier Restigouche et la sévère pénurie de personnel qui l’afflige, le député de Restigouche-Ouest, Gilles LePage, n’a pas pu s’empêcher de souligner à Charles Murray que «ce n’est pas en en parlant en mal» qu’on convaincra davantage d’employés de venir y travailler.

Derrière chacune de ces interventions, il semble se cacher la croyance que si l’on ne parle pas d’un problème, il disparaîtra vraisemblablement de lui-même. À moins que ce soit plutôt le droit du public d’être mis au courant quand quelque chose ne tourne pas rond qui est remis en question.

Quelques jours avant Noël, la mairesse adjointe de Saint-Jean, Shirley McAlary, a suggéré d’interdire les nouvelles négatives sur sa ville dans les médias pour quatre mois. Aux dernières nouvelles, sa suggestion n’avait pas été retenue par son conseil municipal. Pourtant, l’idée a peut-être du mérite.

Si l’on arrêtait de parler de ce qui cloche et de ce qui va mal pendant six mois, il se pourrait peut-être bien qu’après tout serait réglé. Et puis si les problèmes sont toujours là, on aura au moins prouvé une fois pour toute que ça ne sert absolument à rien de les glisser sous le tapis.