Lendemain de Saint-Valentin. Ou presque. Les cœurs sont encore au vif. Passionnés par les joies de l’amour. Ou souffrants d’amertume et de solitude.

J’ai toujours un certain malaise à parler de l’amour dans mon Église. Elle s’est souvent méfiée des plaisirs amoureux. Elle n’a pas toujours privilégiée le mariage comme un chemin vers la sainteté (presque tous les saints sont célibataires!). Elle a souvent plus de facilité à écrire des interdits pour bloquer la route qu’à faire des propositions pour ouvrir des chemins.

Pourtant, si nous retournons aux sources du christianisme, nous sommes témoins des efforts inouïs pour favoriser l’amour  humain et conjugal. Les plus belles paroles d’amour viennent de textes sacrés: Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, car l’amour est plus fort que la mort (Cantique 8). Pas de plus grand amour que de donner sa vie (Jean 15). Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien (I Cor. 13).

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Il y a aussi l’histoire de ces Valentins, chantres de l’amour. J’ignore si vous avez pu, à l’invitation d’un collègue-chroniqueur, démêler les origines de celui célébré le 14 février. Le prêtre Valentin a été martyrisé par les Romains en 270 pour avoir défendu l’amour conjugal.  L’empereur trouvait que les hommes mariés faisaient de piètres soldats; il décida d’abolir le mariage. Valentin encourageait les fiancés à venir le trouver en secret pour recevoir de lui la bénédiction du mariage.  Il fut arrêté, emprisonné et exécuté un 14 février.

On apprend aussi que les lupercales romaines, célébrées à la mi-février, ont été christianisées en 476.  Jusqu’alors, cette fête païenne était un rite d’initiation. Le pape l’interdit et choisit un patron pour les amoureux: Valentin. Puisque ce dernier avait envoyé un message en forme de coeur à une fille avec laquelle il était tombé amoureux, en écrivant dessus “De ton Valentin”,  les adolescents prirent l’habitude de laisser parler leur coeur à la mi-février.

L’héritage des Valentin n’a pas perduré. Au cours des âges, l’Église s’est souvent méfiée de l’amour humain. Or, récemment, elle a fait des pas énormes. Grâce à des mouvements laïcs notamment. Dans les mémoires de Simonne Monet-Chartrand, nous lisons ce qu’elle écrivait à son fiancé Michel à partir d’un monastère où elle était en retraite:

«L’Église catholique considère les femmes ou comme des religieuses ou comme des procréatrices. La religion catholique a mal posé les questions sentimentales et sexuelles qui touchent les femmes. L’Église voit la sexualité comme une concession à la chair en vue de la procréation des élus pour le Ciel, par le baptême. À mon sens, dès ici-bas, en soi, l’amour humain devrait être plus glorifié, respecté.»

Cette implication laïque a obligé l’Église à revoir sa conception de la sexualité et de l’amour conjugal.  Avec des amis et les aumôniers de la JEC et de la JOC, le couple Monet-Chartrand a rédigé des cours de préparations au mariage. Avec eux, l’Église a redécouvert la valeur du plaisir, du corps et de l’instant présent dans la vie conjugale.

La réforme du droit canon dans les années 1980 a élargi la finalité du mariage chrétien en ajoutant la création d’une communauté de vie pour l’entraide des époux à l’éducation des enfants. En 2013, l’encyclique Amoris Laetitia du pape François a voulu montrer la grandeur de l’amour en invitant l’Église à chercher les voies à privilégier pour un accueil à l’égard de tous.

Avec ce document papal, comment ne pas ressentir autant d’étonnement que de reconnaissance face aux positions officielles de l’Église sur des questions de théologie et de pastorale? Sans modifier sa doctrine ni altérer ses fondamentaux, l’Église apprend tout en enseignant. Comme à ses débuts avec la culture de l’empire romain, elle ne peut ignorer le monde qui attend d’elle une parole qui guide vers plus d’humanisation.

Le dernier siècle a été témoin de la conversion de l’Église à l’œcuménisme, aux droits de la personne (je pense à la liberté religieuse) et à la pluralité religieuse. Celui-ci pourrait bien voir l’Église faire des pas de géant dans sa conversion à l’amour humain comme chemin de sainteté. Dans le message et la vie du Christ, l’Église porte sa propre plénitude. Elle a le devoir de traduire pour aujourd’hui ses exigences et de les présenter avec tendresse.