C’était beau de voir des photos de famille sur le journal et dans les médias sociaux au début de la semaine. Ça nous rappelait que chez nous (et dans quelques autres provinces canadiennes), c’était jour de la famille lundi. Je n’en ai pas parlé dans la chronique de samedi dernier. Ni aux messes de la fin de semaine. J’ai oublié!

Le «jour de la famille» n’était pas encore entré dans mes habitudes; pas de case dans mon agenda! C’est tout de même récent ce congé: un nourrisson de deux ans. Même si j’y avais pensé, je n’en aurais même pas parlé. Jusqu’à cette année, ce jour férié ne me disait rien. Je ne voyais pas sa pertinence.

C’est un pattern que je reconnais chez moi. Lorsque quelque chose vient changer mes façons de faire, ou que je sens que cela m’est imposé, ma première réaction est de remettre en question (parfois vocalement, toujours intérieurement). Mais peu de temps après, je consens à la nouveauté en rentrant dans les rangs et en y trouvant des avantages.

J’ai cheminé ainsi avec le jour de la famille. Au début, je me demandais quelle était cette idée d’un congé en plein hiver, alors qu’on a déjà des tempêtes de neige qui forcent à fermer boutique. Pourquoi un jour pour célébrer spécifiquement la famille? Tous les congés ne favorisent-ils pas des rencontres de famille?

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Cette année, j’ai trouvé des bienfaits à ce nouveau jour férié. Parce que nous avons pu prolonger un repas de famille dimanche soir, sans être préoccupé à se lever tôt et en pleine forme lundi matin. À mi-chemin entre les vacances de Noël et Pâques, ce répit va sûrement se doter de coutumes. Comme l’Action de grâce a ses rituels, ce jour de la famille aura aussi les siens. Il est présentement comme une page blanche (ou comme un champ enneigé). Place à la créativité!

Un jour de congé en février, c’est une occasion en or pour planifier des activités hivernales et découvrir les charmes de la saison blanche. La plupart de nos congés ont lieu pendant la belle saison (ou aux abords de celle-ci). Comme si on ne pouvait profiter de la nature que lorsqu’il fait chaud! Ce congé en hiver est fait pour notre pays nordique: pour dire au monde qu’ici, on se paye un congé pour profiter des températures glaciales.

Et pourquoi avoir choisi de célébrer la famille? Parce que c’est à la mode? Ça plaît à beaucoup de monde? C’est une valeur à conserver? Un peu de tout cela, je suppose. Les sondages le montrent d’année en année: la famille demeure une facette primordiale dans la vie contemporaine. C’est le dernier bastion où on peut trouver refuge lorsque tout s’effondre.

C’est sacré la famille! Autrefois, on était prêt à donner sa vie pour la nation, pour le roi ou pour Dieu. Dans le calendrier, on a des congés qui marquent ces réalités sacrées: il y la fête du pays (1er juillet), la fête de la Reine (en mai), les fêtes religieuses (Noël et Pâques). Aujourd’hui, on donnerait sa vie pour sauver un membre de sa famille. Il restait à inscrire cela sur le calendrier. C’est fait!

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La famille est le lieu des grandes joies. Mais aussi des grandes inquiétudes. Ceux qu’on aime nous apportent des moments réjouissants. Mais parce qu’on les aime, leur souffrance nous fait mal; leur absence aussi. Ressentir de la peine et avoir de la difficulté à se remettre d’une déception, voire d’une rupture, c’est le gage qu’un amour authentique a été vécu.

C’est le rêve de tout être humain d’avoir un milieu de vie où il peut laisser tomber ses masques, être lui-même et se savoir aimé inconditionnellement. Ce rêve peut devenir réalité en acceptant de consentir à sa famille telle qu’elle est, dans toute son ambiguïté parfois, en travaillant pour l’embellir. Refuser de consentir à sa réalité familiale, ce serait attendre une famille idéale avant d’y prendre une part active. C’est vivre dans l’impatience et le découragement.

J’entends parfois des gens qui veulent faire une différence dans le monde. Ils se demandent où aller pour alléger la souffrance et la misère. Pour cela, pas obligatoire de faire un voyage humanitaire! On peut commencer par venir en aide à notre propre famille. Si chacun prenait soin des membres de sa famille, le monde se porterait mieux. Aider humblement et patiemment sa famille, ça fait moins de bruit que d’aller soigner des sidéens en Afrique, mais ça rend notre monde meilleur.