C’est dimanche qu’aura lieu la soirée la plus médiatisée de l’année cinématographique. Contrairement aux années précédentes, aucun film ne fait figure de grand favori et le consensus est à peu près inexistant dans plusieurs catégories. Votre dévoué serviteur a donc cru bon vous offrir ce petit guide issu de faits et d’observations afin de vous aider à vous y retrouver parmi les six principales catégories.

Il sera difficile de ne pas parler de politique lors de cette 91e cérémonie des Oscars.

Tout d’abord parce que la moitié des oeuvres en nomination pour l’Oscar du meilleur film traitent de minorités. BlacKkKlansman et Green Book sont en effet des odes à la tolérance raciale, alors que Black Panther est un appel aux Afro-Américains à prendre leur place.

Roma, de son côté, est le fruit d’un immense travail d’une équipe presque entièrement mexicaine.

Ajoutez à cela Vice, un film qui s’en prend ouvertement au parti qui dirige les États-Unis…

Mais au-delà de tout ça, qui va gagner l’Oscar du meilleur film? Il semble de plus en plus clair que ce sera Roma.

L’oeuvre d’Alfondo Cuaron, qui raconte l’histoire d’une gouvernante dans le très bouillant Mexique du début des années 1970, s’est récemment illustrée au BAFTA, l’équivalent britannique des Oscars.

Roma, qui a été tourné en noir et blanc et qui se démarque davantage par sa cinématographie que par son scénario, est d’ailleurs le favori des preneurs aux livres.

La principale compétition de Roma devrait venir de Green Book, gagnant du Golden Globe du film de l’année (comédie/oeuvre musicale). Cette incursion dans le sud raciste des États-Unis par le biais d’un talentueux pianiste noir et de son garde du corps est absolument bouleversante.

Des trois films commerciaux en nomination, Black Panther, A Star is Born et Bohemian Rhapsody, c’est le dernier qui aura probablement reçu le plus de votes de l’Académie.

Le premier mise sur les effets spéciaux, le second sur l’émotion alors que le troisième se démarque par son énergie. Aucun ne semble toutefois destiné à embêter Roma.

Quant à moi, si on m’avait demandé de voter, j’aurais probablement arrêter mon choix sur Vice.

Le journaliste en moi n’aime pas trop ce genre d’oeuvre qui prétend détenir la vérité et qui ne présente qu’un côté de la médaille. Reste qu’au-delà des performances de Christian Bale et d’Amy Adams, Vice est un des films les mieux ficelés qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années.

Meilleure comédienne

Glenn Close

Seulement deux finalistes semblent dans la course, soit Glenn Close (The Wife) et Olivia Coleman (The Favourite).

La première a remporté un Golden Globe (drame) et le prix de la Guilde des comédiens pour son interprétation de l’épouse d’un gagnant du prix Pullitzer de la littérature. Coleman à elle aussi mis la main sur un Golden Globe (comédie) et un prix BAFTA en raison de son jeu burlesque dans le rôle de la reine Anne.

Qui va l’emporter? En milieu de semaine, Close était la favorite des preneurs aux livres. Puisque les acteurs forment la majorité des membres votants de l’Académie et qu’elle a été le choix de la Guilde des comédiens, l’Oscar lui semble destiné.

Il s’agirait de la première statuette dorée de la carrière de Close, elle qui est finaliste pour une septième fois depuis 1982.

L’amour inconditionnel que semble vouer l’Académie à Roma pourrait permettre à la nouvelle venue Yalitza Aparicio (la première Autochtone de l’histoire en lice pour le prix) d’amasser sa part de votes.

Ce ne devrait toutefois pas être suffisant pour déloger Close, pas plus que l’adoration des médias populaires envers Lady Gaga (A Star is Born).

Meilleur comédien

Rami Malek

Cette lutte s’annonce pour être une des moins serrées du gala.

Gagnant d’un prix BAFTA, d’un Golden Globe (drame) et couronné par la Guilde des comédiens, le Californien Rami Malek semble bien en selle. Il est également le favori des preneurs aux livres, devant Christian Bale (Vice).

Malek a charmé la planète cet automne,dans le rôle du chanteur du mythique groupe Queen, Freddie Mercury.

Parmi les quatre autres finalistes, un seul a remporté un prix majeur, soit Bradley Cooper, qui a mis la main sur un Golden Globe (comédie) grâce à son interprétation d’un chanteur alcoolique dans A Star is Born.

Bale, Willem Dafoe (dans le rôle de Vincent van Gogh dans At Eternity’s Gate) et Viggo Mortensen (Green Book) sont également en lice.

À moins d’une immense surprise, aucun d’entre eux ne devrait empêcher Malek de prononcer ses remerciements, dimanche.

Meilleur réalisateur

Alfonso Cuaron

Si, parmi les six Oscars les plus prestigieux, il y a une course dont le résultat est le plus prévisible, c’est celle pour le titre de meilleur réalisateur.

Il suffit d’avoir vu Roma pour comprendre que le Mexicain Alfonso Cuaron est dans une classe à part. Ses chorégraphies et la recherche affichée dans ses plans sont peut-être les meilleures de l’histoire du cinéma.

Coïncidence intéressante, Cuaron devrait succéder à un autre Mexicain, Benicio del Toro, oscarisé pour The Shape of Water, il y a un an.

De quoi donner des boutons à Donald Trump!

Selon les preneurs aux livres, seul Spike Lee (BlacKkKlansman) pourrait priver Cuaron d’un deuxième Oscar (après celui remporté en 2014 grâce à Gravity).

Les autres cinéastes en lice, Pawel Pawlikoswki (Cold War), Yorgos Lanthimos (The Favourite) et Adam McKay (Vice) ne devraient même pas se donner la peine de préparer un discours.

Meilleurs comédiens dans des rôles secondaires

Mahershala Ali et Regina King

Chez les hommes, Mahershala Ali devrait ajouter une deuxième statuette à sa collection (après Moonlight il y a deux ans).

Son interprétation du pianiste Don Shirley dans Green Book est magnifique. Ali a d’ailleurs remporté tous les prix majeurs pour son jeu (BAFTA, Golden Globe et Guilde des comédiens).

Chez les femmes, la course s’annonce pour être une des plus serrées de cette 91e cérémonie.

Ironie du sort, c’est l’absence de la favorite, Emily Blunt, parmi les finalistes qui complique les pronostics.

Blunt a remporté le Golden Globe et le prix de la Guilde des comédiens pour son jeu dans A Quiet Place.

Les preneurs aux livres favorisent Regina King (If Beale Street Could Talk) devant Rachel Weisz (The Favourite).

La Britannique Weisz a remporté le prix BAFTA, au début janvier.