Tensions entre Fredericton et Ottawa

L’élection d’un gouvernement progressiste-conservateur au Nouveau-Brunswick, l’automne dernier, a mis fin à la lune de miel qui existait entre les libéraux de Brian Gallant et ceux de Justin Trudeau. Durant les quatre années du mandat du gouvernement de Brian Gallant, la presse anglophone n’a pas manqué de présenter, dans plusieurs caricatures, Brian Gallant comme une marionnette dans les mains du ministre fédéral Dominic LeBlanc.

Le ton acrimonieux est monté d’un cran lors du dépôt du budget en infrastructures du gouvernement de Blaine Higgs où plusieurs projets ont été abandonnés ou encore reportés. Dominic LeBlanc n’a pas du tout digéré que la province coupe dans le financement du prolongement de la route 11 afin d’en faire une autoroute à quatre voies.

Le financement des Jeux de la Francophonie a été une autre pomme de discorde entre Ottawa et Fredericton. C’est sous le gouvernement Gallant que la province avait obtenu la tenue des Jeux de la Francophonie pour 2021. Lorsque le budget, au départ de 17 millions $, a explosé à 130 millions $, le gouvernement Higgs a tenté sans succès de convaincre Ottawa de revoir sa formule de financement des événements sportifs, afin que le fédéral défraie le coût des Jeux à plus de 50% de la facture totale.

La taxe sur le carbone imposé au Nouveau-Brunswick par le fédéral, à la suite du rejet du plan proposé par le gouvernement Gallant avant les élections provinciales de l’automne dernier, est une autre source de conflit. Blaine Higgs a décidé de rejoindre le camp des provinces qui s’opposent à la taxe carbone des libéraux fédéraux.

Blaine Higgs et Dominic LeBlanc auraient chacun intérêt à chercher des terrains d’entente. Le Nouveau-Brunswick est une petite province très dépendante de la péréquation et des transferts de paiements fédéraux. Sans ces revenus, la province ne pourrait pas adopter des budgets non déficitaires.

Pour sa part, Dominic LeBlanc, qui sera le responsable de la campagne électorale des libéraux fédéraux l’automne prochain, est à la recherche des votes des électeurs du Nouveau-Brunswick.

Lors des élections de 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont remporté la victoire dans les dix circonscriptions de la province alors que huit d’entre elles étaient auparavant détenues par des conservateurs. Une querelle avec Blaine Higgs, dont le parti a remporté la grande majorité des circonscriptions provinciales en 2018, dans les régions anglophones, pourrait s’avérer périlleuse pour les candidats libéraux fédéraux des mêmes régions.

Si les conservateurs remportent la victoire lors des prochaines élections fédérales, le gouvernement de Blaine Higgs pourra compter sur des relations harmonieuses avec Ottawa. Toutefois, la réélection d’un gouvernement majoritaire libéral signifierait un long purgatoire qui serait potentiellement au détriment de la population du Nouveau-Brunswick.

Les dix sièges du Nouveau-Brunswick pourraient faire la différence entre un gouvernement libéral ou conservateur, dans une lutte serrée, lors des élections fédérales de 2019 D’où la nécessité pour Dominic Leblanc de mettre lui aussi de l’eau dans son vin s’il souhaite l’élection de ses dix candidats.