L’hiver s’achève. Il n’est pas officiellement terminé. Mais c’est tout comme. Avec le passage à l’heure avancée, on se met à l’heure d’été! Cette saison-ci non plus n’est pas arrivée. Mais on veut bien croire que l’été est imminent.

Plusieurs aiment les changements d’heure. Moi, pas vraiment! Moins encore celui du printemps, devancé de trois semaines depuis 2007. Le changement d’heure à l’automne me dérange moins: il allonge d’une heure une nuit de sommeil et apporte le calme de la pénombre une heure plus tôt.

En mars, avancer nos montres et horloges d’une heure nous prive d’une heure de sommeil. Ça, je m’en remets facilement. Mais en un seul jour, on nous enlève une heure d’obscurité à un moment privilégié de la journée: le début de soirée.

À ce temps-ci de l’année, il me semble que cette heure entre chien et loup est bénéfique après le souper. Elle facilite le rituel pour coucher les enfants. Elle permet de se caler dans son fauteuil pour terminer les lectures d’hiver. Elle incite à la paresse sans soupçon de culpabilité: il fait noir dehors, on peut bien se reposer!

Je trouve la clarté intrusive à ce temps-ci de l’année. Surtout ici. Personne ne peut dire: «Youpi! Je vais pouvoir préparer mes plates-bandes avec une heure de clarté de plus en soirée!» C’est plutôt une heure de clarté de plus pour voir tomber la neige et noircir les congères.

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Mais je vais m’y faire. Parce que j’ai beau aimer l’hiver et ses longues soirées, j’aime aussi les promesses du printemps apportées par ce changement d’heure. Dans quelques semaines, les bouts des branches d’arbre vont se gorger et laisser apparaître les premiers bourgeons. Certains n’attendront même pas que toute la neige soit partie.

Pour la première fois, j’aurai l’impression d’être en forêt à partir du bureau que j’occupe. Je suis entouré d’arbres ici. Pendant l’hiver, à travers les branches dégarnies, je vois la vie qui bat autour. Des étudiants empruntent la passerelle menant à la bibliothèque. Des gens se rendent à la clinique médicale ou à la caisse. D’autres entrent dans l’église pour…

Je ne sais pas précisément ce que font tous ces gens qui poussent la porte de l’église en plein jour: ils allument un lampion? Ils s’agenouillent un instant? Ils refont le chemin de la croix? Quel beau mystère!

Dans quelques semaines, je serai aux premières loges pour voir la vie qui bat tout aussi fort dans les branches des arbres. La poussée de croissance va se faire sans bruit. Les arbres «feront leurs dents» sans cris ni pleurs. Ensuite, à travers les feuilles, il y aura le spectacle des oiseaux se faisant la cour. Avec autant de classe que ça se fait au Bacchus je suppose!

Si j’ai de la chance, je pourrai voir pendre, au-dessous d’une branche, de petits bouts de laine au milieu de brindilles amassés pour un nid. Ce serait l’apothéose! Et dans le nid, pouvoir admirer les oisillons chantant pour la première fois leurs louanges au soleil. Ce serait beau! Je pense que ça va arriver. J’ai hâte!

C’est cela le printemps: croire que ça va arriver. Même si ce n’est pas toujours comme on l’a imaginé. Il y a un mois dans l’année qui nous projette collectivement dans la prochaine saison. Elle sera belle! Autant que l’hiver crépusculaire!

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Cette année le changement d’heure coïncide avec le changement de temps liturgique. Le carême est déjà là. Commencer la montée vers Pâques en cette fin de semaine nous révèle que le carême est un temps de clarté. Nous devons quitter la tristesse et l’amertume qui découlent souvent de notre égoïsme.

Le carême est un temps où la lumière éclaire les chemins de bonheur. Ce sont ceux qu’il faut suivre. C’est exigeant. Pourtant, nous sommes souvent plus enclins à choisir les chemins de pénitence. La seule prescription qui nous est faite pour les 40 prochains jours c’est de choisir d’aimer et de s’affranchir des entraves à la joie parfaite. Voilà ce qui apporte la lumière dans nos journées!

Alors, n’oubliez pas ce soir d’avancer nos montres et horloges d’une heure. Cela annonce le printemps. Tout comme le carême annonce Pâques. Bon carême!