Après 20 films en un peu plus de dix ans, l’univers cinématographique Marvel est victime de son propre succès: il innove peu ou pas et répète sans cesse la même formule basée sur l’humour, les couleurs éclatantes, les héros hyper vertueux et leur inévitable victoire. Sans totalement changer la recette, Captain Marvel brasse solidement la sauce. Et le résultat est plus que potable.

Vingt-et-unième film de l’univers Marvel depuis Iron Man (qui a été lancé en mai 2008), Captain Marvel se démarque de ses 20 prédécesseurs pour deux principales raisons. Un, il est le premier film de l’empire maintenant propriété de Disney à raconter la genèse d’une superhéroïne. Il est aussi le premier à faire ladite genèse en empruntant une ligne du temps non linéaire et à se dérouler AVANT les événements rapportés dans les 20 films précédents.

Si le premier point perd un peu de son impact depuis l’exceptionnel succès de Wonder Woman (2017, du concurrent direct de Marvel qu’est DC), le second a le mérite de nous sortir du carcan dans lequel le studio nous enfermait depuis dix ans.

On n’a donc pas droit à l’inévitable enchaînement d’événements au cours desquels le futur héros obtient ses pouvoirs, apprend à les utiliser, est battu une première fois par un ennemi aux visées destructrices, panse ses plaies puis revient en force pour triompher et mettre fin à la menace.

Quand on fait la connaissance de Carol Danvers (Brie Larson), elle possède déjà une force surhumaine et peut notamment lancer des boules de feu avec ses poings. Elle fait partie d’une unité d’élite de soldats Kree, une race extra-terrestre qui est en guerre contre les Skrulls, de vicieux envahisseurs.

Lors d’une mission, Carol est fait prisonnière par les Skrulls. À la recherche d’indices qui leur permettrait de mettre la main sur une puissante forme d’énergie, les Skrulls utilisent leur technologie pour fouiller dans l’esprit de Carol.

Or, les souvenirs le plus anciens de la jeune femme remontent à seulement six ans. Les manipulations des Skrulls font toutefois émerger certains événements enfouis dans l’esprit de Carol.

L’héroïne parvient à s’évader et sa capsule de sauvetage s’échoue sur la Terre, en 1995. Pendant que Carol découvre peu à peu qui elle est, l’humanité se retrouve prise entre les feux de deux races prêtes à tout pour exterminer l’autre…

Wonder Woman ou Captain Marvel?

Il est impossible de voir Captain Marvel sans faire la comparaison avec Wonder Woman. Après tout, les deux films sont des pionniers dans un genre presque entièrement masculin. Ils ont de plus été écrits et réalisés par des femmes, une autre rareté.

Mais lequel est le meilleur?

Personnellement, j’ai préféré Wonder Woman. Tout d’abord parce qu’il est plus épique et subtil. Aussi, parce que j’en ai davantage apprécié la féminité. Sans vouloir n’offenser personne, Captain Marvel aurait probablement été le même film si son héros avait été un homme. On ne peut en dire autant de Wonder Woman, dont l’héroïsme, la prise de décision et les remises en question sont typiquement féminins.

Diana Prince est aussi beaucoup plus charismatique que Carol Danvers. Son courage et sa détermination sont également mieux rendus (par Gal Gadot).

Capitaine Marvel n’est pas pour autant dénudée de qualités. Son sens de l’humour (qui alterne entre la douce ironie et l’insouciance) la rend très attachante. Tout comme sa force de caractère, qu’elle met à profit dans le cadre d’une scène très réussie (mais plutôt mal expliquée…) au troisième acte.

Malheureusement, aucun moment de Captain Marvel n’a la puissance (narrative et symbolique) de voir Diana foncer tête première, le regard déterminé, vers les tranchées nazies.

Du bon et du moins bon

Captain Marvel demeure tout de même une assez bonne entrée dans le genre du film de superhéros. Une entrée que je qualifierais de dans la moyenne (voir tableau).

Certains effets visuels du film sont très réussis, principalement lors des moments où des avions circulent dans l’atmosphère terrestre. Ces nuages sont vraiment magnifiques!

Captain Marvel est aussi un assez bon divertissement, que les fanatiques de l’univers Marvel apprécieront doublement puisqu’il met en scène deux jeunes agents du SHIELD: Nick Fury et Phil Coulson. Les clins d’oeil à ce qui deviendra les Avengers sont amusants – j’en aurais d’ailleurs pris beaucoup plus!

Malheureusement, l’oeuvre demeure générique et prévisible. Elle perd aussi beaucoup de sa puissance émotionnelle quand, à la toute fin, Carol se transforme en Superman au féminin.

Elle devient alors pratiquement invincible. La victoire des gentils semblant plus qu’assurée, tout le montage dramatique habilement bâti dans les 95 minutes précédentes s’écroule lamentablement…

Dommage parce que juste avant de tomber dans la caricature, Captain Marvel constituait  un très bon divertissement.

FICHE TECHNIQUE: CAPTAIN MARVEL

  • En bref: Guerrière au sein d’un peuple extra-terrestre, Carol Danvers débarque sur Terre par accident et découvre lentement ses origines.
  • Appréciation: On salue l’effort de Marvel pour sortir de son carcan, mais au bout du compte, l’aventure de cette première super-héroïne ne passera pas à l’histoire.
  • Genre: fantastique/action
  • Réalisateurs: Anna Bolden et Ryan Fleck
  • Scénario: Collectif
  • Avec: Brie Larson, Samuel L. Jackson, Jude Law et Ben Mendelsohn
  • Budget: estimé à 152 M$ US
  • Durée: 124 minutes
  • Une production des studios: Marvel et Walt Disney Pictures
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   3
    • Qualités visuelles:   4
    • Jeu des comédiens:   3
    • Originalité:   3
    • Divertissement:   4
    • Total: 17 sur 25

Le meilleur de Marvel (selon Rotten Tomatoes)

  • 1) Black Panther (2018)
  • 2) Iron Man (2008)
  • 3) Thor: Ragnarok (2017)
  • 4) Marvel’s The Avengers (2012)
  • 5) Captain America: Civil War (2016)
  • 6) Guardians of the Galaxy (2014)
  • 7) Captain America: Winter Soldier (2014)
  • 13) Captain Marvel (2019)

Brie Larson (vous l’avez peut-être vue dans…)

  • The Glass Castle (2017)
  • Kong: Skull Island (2017)
  • Room (2015)
  • The Spectacular Now (2013)