Pauvre morue!

Dans notre monde bien artificiel, tout est question d’apparence: le culte de la beauté et de la minceur tyrannisent les femmes depuis des siècles, les enfants sont censés être habillés comme dans les magazines de mode et nos intérieurs ressembler à ceux de Pinterest.

Qui l’eût cru?, les canons de la beauté s’appliquent aussi au monde animal. Prenez la pauvre morue avec sa peau grisâtre et sa barbichette. Voilà des années qu’elle est mise à mal, menacée d’extinction même, et personne ne vole à son secours. Pourquoi donc, en cette époque de conservation de notre patrimoine naturel, est-elle à ce point ignorée?

Tout simplement, parce que le phoque est beaucoup plus joli qu’elle, surtout quand il est petit, couché sur la banquise auprès de sa maman, ses petits yeux de chiens battus regardant peureusement la caméra. Ah! Voilà une photo qui va faire le tour du monde, arracher une larme aux citadins dont le seul lien à la faune est, au mieux, un chien ou un chat domestique.

Émus, ce sont eux qui enverront un chèque aux organisations créées pour défendre le phoque (tout en plumant les naïfs). Ils sont bien trop loin de la banquise pour savoir que le phoque n’est plus une espèce menacée, encore moins pour réaliser que leur prolifération est en train de détruire tout un éco-système.

L’explosion des populations de phoque dans nos eaux menace en effet d’extinction les stocks de morue du sud du golfe du Saint-Laurent. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Pêches et Océans Canada qui reconnaît qu’un «phoque gris adulte peut à lui seul manger jusqu’à 2 tonnes de proies par année, et la morue peut représenter de 10 à 50% de son régime alimentaire».

Multipliez par 70 000 phoques gris dans le Golfe aujourd’hui (au lieu de 5000 en 1960) et vous aurez une idée de la tuerie! Et pas seulement pour la morue mais pour toutes les espèces de poisson de fond.

Merci qui? Merci Brigitte Bardot, Paul McCartney et tous ceux et celles qui profitent de l’ignorance et de la sensibilité des gens pour les exploiter et qui, pour «la bonne cause», détruisent notre environnement. Depuis le temps qu’on le dit!