Imaginez si le simple fait d’être touché par la personne qui vous aime pouvait vous tuer. C’est ce qu’explore le jeune réalisateur Justin Baldoni dans Five Feet Apart, un film qui nous propulse dans le quotidien des adolescents qui souffrent de la fibrose kystique.

La fibrose kystique est la maladie incurable la plus répandue chez les enfants et les jeunes adultes. Un enfant sur 3600 né au Canada en souffre.

La maladie touche différents organes, mais surtout l’appareil digestif et les poumons. Elle est caractérisée par une toux persistante, une incapacité pulmonaire et une vulnérabilité aux infections.

Les jeunes qui en sont atteints doivent absolument éviter tout contact entre eux, dans le but de se protéger et de protéger les autres patients des vilaines bactéries.

Pour ce faire, la règle des six pieds (cinq dans le film) a été établie. Ainsi, chaque malade doit demeurer à une distance d’au moins six pieds d’un autre.

Mais qu’arrive-t-il quand deux jeunes patients tombent amoureux?

C’est ce qui se produit dans Five Feet Apart, alors que Stella (la lumineuse Haley Lu Richardson) tombe sous le charme de Will (Cole Sprouse, bien connu pour son rôle de Jughead dans la populaire série Riverdale).

Stella est une obsessive compulsive et une battante qui accroche à la vie même si elle a fait la paix avec sa mortalité.

Will, lui, vit plutôt mal avec sa maladie, d’autant plus qu’il souffre d’une grave infection incurable.

Rebelle dans l’âme, l’adolescent camoufle sa fragilité derrière une façade désinvolte.

À ses yeux, les jeunes qui souffrent de la fibrose kystique «vivent sur de l’air emprunté».

Hospitalisé afin de subir un traitement expérimental, Will fera la connaissance de Stella.

Il se développera alors une belle complicité entre les deux.

Une complicité limitée par le fait que les deux tourtereaux ne peuvent pas se toucher, la bactérie que porte Will pouvant être mortelle pour Stella.

Comme le fait remarquer une infirmière à la jeune femme: «es-tu vraiment prête à risquer ta vie» pour ce garçon?

L’amour de Will et Stella parviendra-t-il à éclore dans ces conditions aussi anormales que dangereuses?

Magnifique Haley/Stella

Je suis convaincu que toutes les adolescentes de la planète vont jurer dur comme fer que le personnage le plus intéressant du film est le très suave Will!

La vérité, c’est que c’est l’inspirante Stella qui vole la vedette.

La jeune Haley Lu Richardson (dont il s’agit ici du premier rôle majeur) est absolument parfaite dans le rôle de la courageuse adolescente qui a vieilli trop vite en raison de sa maladie.

Stella est une jeune femme éveillée et pétillante. Elle alterne entre maturité (face à ses traitements) et juvénilité (dans son attirance pour Will), ce qui la rend drôlement attachante.

C’est enthousiasmant de voir une jeune femme si mûre face à la maladie. On s’émeut également devant les rares moments où la précarité de sa situation la rend émotionnellement vulnérable.

Mais le mieux, c’est son sens de l’humour, assurément un des meilleurs de l’histoire du cinéma (je n’exagère pas).

Réalisme médical

Au-delà du jeu de Richardson et du personnage de Stella, j’ai été réellement impressionné par le réalisme accordé à tout l’aspect médical de l’oeuvre.

Petite confidence: je suis le (très fier) papa d’un petit garçon qui combat un cancer du cerveau depuis bientôt cinq ans. Je m’y connais donc (malheureusement) énormément en système immunitaire, en isolation forcée, en gastrostomies et en cathéter veineux central.

Tout ce qui touche à ces volets de la maladie est rendu avec énormément de réalisme dans Five Feet Apart.

J’ai un peu tiqué dans la dernière demi-heure, quand la rigueur médicale est un peu laissée de côté au détriment de l’intensité dramatique. Mais autrement, chapeau à l’équipe de recherche!

Roméo et Juliette

Au final, Five Feet Apart est la version hospitalière de Roméo et Juliette. C’est la touchante histoire de deux adolescents qui, envers et contre tous, souhaitent simplement s’aimer devant l’impossible.

Le film fait rire et pleurer. En prime, il nous propose de très lucides réflexions sur la fragilité de la vie, l’inéluctabilité de la mort, le mystère de ce qui nous attend après notre dernier souffle et… le coût des soins de santé aux États-Unis.

C’est donc beaucoup plus qu’une superficielle comédie romantique. En fait, c’est surtout un film bourré d’émotions qui alterne avec doigté entre légèreté et intensité et qui, pendant 105 bonnes minutes, nous laisse cogiter sur la meilleure façon de conclure cette histoire d’amour atypique.

Un dur rappel du fait que, en amour comme dans la vie, la conclusion parfaite n’existe pas…

FICHE TECHNIQUE: FIVE FEET APART

  • En bref: Stella et Will s’aiment. Or, ils souffrent de la fibrose kystique et le simple fait de se toucher pourrait les exposer à des bactéries potentiellement mortelles…
  • Appréciation: Cette inspirante comédie romantique portée par la sublime Haley Lu Richardson déborde de profondeur et d’intelligence
  • Genre: comédie romantique
  • Réalisateurs: Justin Baldoni
  • Scénario: Mikki Daughtry et Tobias Iaconis
  • Avec: Haley Lu Richardson, Cole Sprouse et Moises Arias
  • Budget: estimé à 5 M$ US
  • Durée: 116 minutes
  • Une production des studios: CBS Films et Wayfarer Entertainment
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   4
    • Qualités visuelles:      3
    • Jeu des comédiens:      4
    • Originalité:    4
    • Divertissement:   4
    • Total: 19 sur 25