La question verte

Aujourd’hui, 20 mars, saluons l’arrivée du printemps! L’équinoxe aura lieu à 17h58. Ne manquez pas ça: c’est peut-être le dernier printemps de la planète! Car selon la rumeur, on pourrait bientôt se retrouver avec un climat à deux vitesses: on gèle pendant six mois et on brûle le reste du temps.

Une chance que la jeunesse du monde entier a fait l’école buissonnière, vendredi dernier, pour sensibiliser le reste de l’humanité aux dangers du réchauffement climatique et pour dénoncer l’inaction des gouvernements.

«Changez le système, pas le climat», «Il n’y a pas de planète B», scandaient les jeunes dans toutes les langues.

Bien fait, les jeunes!

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On devine et on comprend facilement l’inquiétude que peut nourrir la jeunesse à l’égard de cette planète que les adultes, leurs parents, leurs tuteurs leur laisseront en héritage. On prétend vouloir leur donner ce qu’il y a de meilleur, et pourtant on leur laisse une planète qui pourrit sous la pollution, NOTRE pollution; une planète qui meurt à petit feu.

Sur ma page Facebook, j’ai fait état de ce paradoxe. «Aujourd’hui, ai-je écrit, les enfants du monde manifestent pour sauver l’environnement sous les applaudissements des adultes qui tuent la planète.»

Peu d’amis Facebook ont osé commenter cette affirmation cruelle de vérité. Parce que les adultes, donc les gens visés par la grève scolaire des jeunes, sont les premiers responsables de ce qui alarme tant «nos» jeunes et qu’il n’y a pas grand-chose à dire quand on se sent ainsi pointé du doigt. (Et je m’inclus dans les adultes pointés du doigt…)

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Cette journée d’école buissonnière mondiale est due à l’audace d’une jeune suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, qui a commencé à manifester seule devant le parlement suédois à l’automne 2018.

Il n’est pas superflu de rappeler, comme elle le soulignait elle-même à une journaliste du New Yorker venue l’interviewer, que cette jeune passionaria de l’environnement est atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qui amène, notamment, à développer des intérêts spécifiques. Depuis qu’elle a entendu parler de la question environnementale en classe il y a quelques années, pour elle, l’intérêt spécifique, c’est l’environnement et elle y consacre toutes ses énergies.

Elle admet volontiers que ses parents préféreraient la savoir en classe plutôt qu’assise sur les marches du parlement suédois tous les vendredis. Ses enseignants aussi! Mais à quoi bon étudier, dit-elle, si la planète n’a pas d’avenir?

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Obstinée, entêtée, Greta Thunberg n’a pas baissé pavillon depuis l’automne dernier. Elle est allée jusqu’à suggérer fortement d’arrêter de prendre l’avion pour réduire l’impact des émissions de C02! Selon le site de l’association alsacienne «L214 éthique et animaux», qui milite pour le véganisme et les droits des animaux, on apprend que «la famille de Greta a également changé ses habitudes pour lutter contre le réchauffement climatique: les menus à la maison sont devenus végétaliens; sa mère, qui était une chanteuse d’opéra internationale, a renoncé à faire des concerts à l’autre bout du monde; son père a installé des panneaux solaires sur la maison et s’occupe d’un potager.»

Quand on lit ça, le moins qu’on puisse dire, c’est que Greta ne niaise pas avec la poque!

Devant cette farouche détermination, des appuis sont venus de Suède et puis, petit à petit, du monde entier. Aujourd’hui, elle est une voix incontournable de la lutte contre les changements climatiques.

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Cette voix a résonné avec force le 14 décembre, lors de la journée de clôture de la Conférence de l’ONU sur le climat (COP24) tenue en Pologne.

«Vous ne parlez que d’une croissance économique verte et pérenne, a-t-elle dit en s’adressant aux dirigeants de la planète, parce que vous avez peur d’être impopulaires. Vous n’êtes pas assez mûrs pour donner l’heure juste. Vous dites que vous aimez vos enfants plus que tout, mais vous leur volez leur avenir sous leurs propres yeux. Vous n’avez plus d’excuses et nous n’avons plus de temps.»

J’avoue que j’ai été sonné de l’entendre blâmer avec un aplomb impressionnant les dirigeants et les experts qui prenaient part à cette COP24. Mais j’en ai été ravi!

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Je ne sais pas s’il existe une petite Greta Thunberg en Acadie ou au Niou-Brunswick. Mais on ne peut pas dire que cette manifestation planétaire ait incité les jeunes de la province à faire l’école buissonnière en grand nombre pour cette bonne cause. Même les médias se sont montrés discrets.

Pourtant, à lire les journaux du monde et les pages Facebook faisant écho à cette manif, on pourrait croire que les adultes étaient de tout cœur avec les jeunes.

Mais c’est souvent comme ça: c’est une sorte de jeu entre des adultes qui disent vouloir donner l’exemple, souvent en faisant le contraire de ce qu’ils prêchent à leurs jeunes; et de l’autre côté, des jeunes de plus en plus conscientisés qui décident d’en faire à leur tête, cette fois-ci pour sauver la planète envers et contre tout!

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Un bon côté de la chose: si ces jeunes ont pu être ainsi sensibilisés à la question environnementale, et surtout à la nécessité de protéger l’environnement, c’est par l’éducation.

Alors même en acceptant d’assumer une part du blâme qui nous est adressé par toutes les petites Greta Thunberg du monde, nous, les adultes, sommes déjà à la barre de cette conscientisation. Nos écoles servent à quelque chose!

Nos enseignants et nos enseignantes parviennent, dans des conditions difficiles, à transmettre non seulement des connaissances, mais un système de valeurs qui sont les bougies d’allumage de formation des jeunes têtes qui voient venir l’avenir avec ce mélange de romantisme et d’appréhension propre à la jeunesse. Bravo!

Finalement, cette manifestation pour le climat, devrait aussi nous enseigner quelque chose: l’environnement, la question verte, n’appartient pas à un groupe d’âge particulier. Elle n’est pas non plus, ou ne devrait pas être, une affaire de gauche ou de droite. Elle est, avant tout, l’affaire de tout le monde.

Sinon, le futur n’aura pas beaucoup d’avenir!

Han, Madame?