Entre le réel et l’hypothétique

Au bout de quelques jours à nous côtoyer à la Jiffy, il me demanda:

– Est-ce que quelqu’un t’a déjà dit que tu ressembles à la femme qui écrit dans le journal?

Le gars ne pouvait pas croire que c’était bien moi, la femme qui écrit dans le journal. (Pas l’autre, Françoise «Englehart»)
– Vraiment! Eh bein, c’est la première fois que je rencontre un écrivain.

Quelque chose m’empêchait de le croire tout à fait.

– C’est vrai. J’ai aussi croisé Stephen King au Tim Horton’s de Bathurst.

Là, c’était à mon tour de m’exclamer.

– Vraiment?

* * *

Au lendemain de ma deuxième chronique sur la Jiffy, mes collègues temporaires discutèrent entre elles et eux, puis me questionnèrent:
– As-tu travaillé 5 ou 6 semaines? Parce que nous autres, de la manière qu’on calcule ça…

En les entendant, je me suis souvenue qu’au moment d’écrire le billet, j’avais eu un doute, par rapport à la paralysie de trois jours due à la tempête de vent.

– Justement, j’étais pas sûre. J’ai mis ça comme chiffre hypothétique…

– Hypothétique!

C’est le grand qui lance ça de l’arrière. Lui, celui qui m’avait à moitié reconnue (était-ce le troisième, le quatrième, le septième jour? je n’ose plus avancer de chiffre). Celui qui lit 100 livres par année, bon an mal an, qu’il me dit, et je le crois.

– Hypothétique! Tu écris dans un journal. Faut que le chiffre soit exact!

* * *

Oui, mon bye bye à la Jiffy fut prématuré. J’y suis encore, mais la fin (je veux dire le repos) approche. Pour beaucoup d’autres, c’est la ronde des emplois saisonniers qui se poursuit, à recommencer par l’apprêtage du crabe dans quelques semaines. Gagner sa vie revient à savoir tirer son épingle du jeu. Les prestations de l’assurance-emploi font en sorte que tout cela devient soutenable, voire endurable.

Car la plupart du temps ni les salaires ni les conditions de travail ne sont alléchants.

Dans ce contexte, lancer dans l’air du temps un nombre hypothétique de semaines de travail…