Appeler un chat un chat

Je ne suis jamais allée en Nouvelle-Zélande, mais je m’en sens plus proche que jamais depuis la tuerie de la semaine dernière. L’esprit peine à saisir l’ampleur de la haine qu’il faut ressentir pour tuer à bouts portants des innocents en croyant agir dans l’intérêt général. Et en écoutant les témoins s’écrier qu’ils n’auraient jamais pensé que ça puisse se passer chez eux, j’ai compris que Christchurch pourrait être chez nous.

Là-bas, comme ici, rien ne prédispose à la haine de l’autre: pas d’immigration massive ou de milliers de réfugiés parqués dans des camps, rien de tout cela, si ce n’est les propos xénophobes et racistes venus d’Europe, des États-Unis et bien malheureusement, de chez nous.

Si un terroriste, en Nouvelle-Zélande, peut se réclamer d’un terroriste au Québec ou du Président des États-Unis pour tuer 50 personnes au nom de la «défense» de la race blanche et chrétienne, tout peut arriver. Partout.

Et la question que je me pose et que vous vous posez sans doute c’est: «Quoi faire?» Il y a une chose que j’ai bien l’intention de mettre en pratique et que je vous suggère: cessons de nous cacher derrière la fameuse (et si souvent nuisible) rectitude politique.

Osons nommer le racisme, l’intolérance, la haine. Osons dire que le mouvement canadien des gilets jaunes est une honte, un ramassis de «haineux».

Osons questionner les politiciens qui acceptent le dialogue avec eux, sous prétexte qu’il est important de se parler.

Il y a des dialogues qui doivent être refusés parce qu’ils impliquent de donner de la crédibilité à des positions inacceptables dans notre société.

Nos démocraties reposent sur une assise incontournable: le droit de chacun et chacune à vivre librement peu importe sa couleur, sa race, ses croyances ou son sexe. Notre Charte des droits et libertés le dit, mais j’ai appris, ces derniers jours, que bien des Canadiens n’ont que faire de la Charte, qu’ils n’y croient pas et n’y adhérent pas.

Alors, là aussi, osons appeler un chat un chat: ceux et celles qui remettent en question notre Charte sont comme ceux qui s’opposent à la vaccination; ils propagent la haine et la violence aussi sûrement que les autres propagent les épidémies graves.