Pour le meilleur… et pour le pire!

Serions-nous collectivement devenus fous devant l’importance qu’a prise l’industrie du crabe des neiges au cours des cinquante dernières années particulièrement dans la Péninsule acadienne?

Si cette lucrative pêche a littéralement sauvé notre région d’un désastre économique en remplaçant la morue en tant que ressource principale, elle aura laissé des plaies béantes, déchirant sans trop de subtilité, le tissu social de nos communautés.

On peut prétendre que la pêche au crabe est sans conteste ce qui nous est arrivé à la fois de meilleur et de pire depuis cinquante ans!

D’un projet collectif initié par les leaders de l’époque pour générer de l’emploi, l’industrie du crabe s’est transformée en une économie de rentier où la spéculation et la capitalisation a pris le dessus sur la volonté de servir la communauté.

J’en arrive à cette conclusion de folie collective quand je regarde au cours des derniers mois trois cas de poursuite judiciaire toutes reliées à l’industrie du crabe, qui dépassent l’entendement et qui n’ont rien pour redonner à nos régions côtières la fierté dont elle a besoin pour se donner un nouvel élan économique.

Commençons par le premier cas, que la Cour suprême du Canada a refusé d’entendre la semaine dernière. Une centaine de pêcheurs crabiers du Golfe – dont un grand nombre du Nouveau-Brunswick -, ont tenté d’obtenir du gouvernement fédéral des compensations de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars prétextant qu’Ottawa n’avait pas le droit de partager la ressource puisque celle-ci leur appartient.

Pour beurrer plus épais, ils affirment, sans rire, qu’ils ont sauvé l’espèce de l’extinction à la fin des années 1980. Ce qu’ils oublient toutefois de préciser, c’est que ce sont ces mêmes pêcheurs qui ont mené à la quasi-disparition de celle-ci, en pêchant sans limites, en pratiquant des pêches sélectives et en menant de front deux saisons de pêche par année.

Les deux autres cas sont encore plus risibles, ceux où des poursuites sont entreprises pour rendre responsables les pompiers de Shippagan et la Gendarmerie Royale du Canada des événements qui ont mené aux émeutes de mai 2003 quand des dommages évalués à plus de 10 millions $ ont été commis sur des usines, et des bateaux de pêche.

Je trouve aberrant de blâmer ceux qui, du meilleur de leur capacité, ont tenté tant bien que mal de protéger les citoyens alors que les vrais responsables du carnage se promènent encore librement dans les rues de la Péninsule.

Sans mettre le blâme sur les pêcheurs, reconnaissons au moins qu’un groupe d’individus reliés de près et de loin à l’industrie ont nourri des propos et menés des actions qui ont contribués à créer ce climat malsain dont toute la région paye encore le prix aujourd’hui.

Autre point qui augmente ma frustration dans ce dossier est le fait qu’une industrie de plus de 300 millions $ ne suffit pas à compenser adéquatement des travailleurs saisonniers qui ont le mérite d’apporter de la plus valu à ce magnifique produit. Au lieu de demander à l’assurance-emploi de subventionner une industrie aussi riche, ne serait-il pas raisonnable de demander à ladite industrie de prendre ses responsabilités?